Le gymnase construit du lycée Jean Moulin à Revin : charpente et poteaux en bois lamellé-collé, hautes baies vitrées ouvertes sur la forêt. Le projet Kaskade à Lille : façade de bureaux en bois aux grands contreventements diagonaux, à la lumière du soir. Le projet Pixel à Tours : logements en gradins à façades de bois, dans le quartier des Deux Lions.

OXO Architectes, construction et carbone

Le bois, et le bon matériau au bon endroit

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Photo : Cyrille Weiner pour OXO Architectes.

Section 01

Le bois est devenu un slogan

Depuis quelques années, le bois est partout dans les discours. Un mot en couverture, une plaquette, une image de façade en lattes, et un projet se pare aussitôt d'une réputation vertueuse. Le mot rassure. Il est devenu, à lui seul, une preuve d'écologie, presque un slogan.

Remettons les choses d'aplomb. Le bois est un très bon matériau de construction : léger, renouvelable, agréable, il stocke du carbone et se préfabrique bien. Mais ce n'est pas une baguette magique, et ce n'est pas la bonne réponse partout. Au contact de l'eau, sur de grandes portées chargées, dans un noyau qui doit tenir au feu, d'autres matériaux font mieux.

La vraie question n'est donc pas "bois ou béton". Elle est double : combien de carbone coûte un bâtiment, et quel matériau mettre à quel endroit. Un bâtiment n'est pas fait d'une seule matière. Il a des fondations, une structure, des planchers, une façade, des cloisons. Chaque poste a son bon matériau, et ce n'est pas toujours le même.

Cette page compare les principaux matériaux de structure, honnêtement, sans favori. Pour chacun : ce qu'il fait de mieux, son coût carbone, et ce qu'il ne sait pas faire. Le carbone y sert de boussole, pas de dogme. On informe, on ne vend rien.

À la fin, un simulateur permet de composer un bâtiment poste par poste et de voir, en direct, ce qu'il émet, ce qu'il stocke, et à quel moment un choix devient irréaliste. Il ne certifie rien : il fait sentir les arbitrages.

Un dernier repère, tenu d'un bout à l'autre. Un chiffre de carbone n'est jamais unique. Il dépend toujours de deux choses qu'il faut annoncer ensemble : l'unité (par mètre cube de matière, ou par mètre carré de plancher) et le périmètre (la seule sortie d'usine, ou le cycle de vie complet). Deux études sérieuses peuvent différer d'un facteur 2 à 5 sur le même matériau sans qu'aucune soit fausse 1. Nous donnerons donc des fourchettes, pas des certitudes au kilo près.

Section 02

Le bois n'a rien de nouveau

Avant d'être un argument, le bois est une très vieille façon de bâtir, et il tient déjà debout à grande échelle.

Une tradition ancienne

En Scandinavie, on construit en bois depuis près de mille ans. Les églises en bois debout, les *stavkirke*, en sont la preuve la plus spectaculaire. Celle d'Urnes, en Norvège, a été bâtie vers 1130 : ses bois porteurs ont été abattus entre 1129 et 1131, et elle est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO 2. Neuf siècles plus tard, la même région est en pointe sur le bois d'ingénierie, le CLT et les immeubles de grande hauteur. La tradition n'a pas disparu : elle s'est industrialisée.

En France, la tradition est tout aussi profonde. Le pan de bois, le colombage médiéval, remonte à l'Antiquité romaine et a servi du haut Moyen Âge jusqu'au XIXe siècle. Il reste des milliers de ces maisons à ossature bois en Alsace, en Normandie, à Troyes ou à Rouen, et le savoir-faire du charpentier est inscrit à l'Inventaire du patrimoine culturel immatériel 3. La charpente n'a, elle, jamais cessé. Ce que l'époque ajoute, c'est un renouveau : une filière CLT française qui se structure, et une réglementation, la RE2020, qui pousse vers les matériaux biosourcés.

Dans les pays chauds et secs, le bois a toujours eu sa place, souvent aux côtés de la terre. Au Maroc, le cèdre de l'Atlas sert à la charpente et à l'ébénisterie, et les moucharabiehs, ces écrans de bois ajouré, filtrent la lumière et la chaleur depuis des siècles 4. Disons-le honnêtement : sous ces climats, c'est souvent la terre qui porte la structure, et le bois qui l'accompagne. Mais il y est chez lui, et cela nous concerne aussi, nous qui travaillons le climat méditerranéen et marocain.

L'église en bois debout d'Urnes, en Norvège, aux parois et à la toiture de bois sombre, sous un ciel clair.
Urnes stavkirke, Norvège, vers 1130. Patrimoine mondial de l'UNESCO.Photo : Jarle Kvam, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0, modifiée (redimensionnée).
Une maison à colombages du XVIe siècle à Dol-de-Bretagne, à l'ossature de bois apparente.
Maison à pan de bois, Dol-de-Bretagne (XVIe siècle).Photo : Thérèse Gaigé, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0, modifiée (redimensionnée).

Des bâtiments contemporains qui le prouvent

La tradition ne suffirait pas si le bois ne fonctionnait pas aujourd'hui, en hauteur, dans des immeubles ordinaires. Il le fait. En Norvège, la tour Mjøstårnet s'élève à 85,4 mètres sur dix-huit étages ; achevée en 2019, elle a été la plus haute construction en bois du monde jusqu'en 2022 5. À Zurich, l'immeuble Tamedia de Shigeru Ban (2013) dresse sept étages sur une ossature entièrement en bois lamellé-collé, tenue sans un seul connecteur métallique, par de simples chevilles de hêtre 6. C'est aux États-Unis que le record est passé : la tour Ascent, à Milwaukee, atteint 86,6 mètres et vingt-cinq étages, ouverte en 2022, avec un socle et des noyaux en béton et le reste en bois 7. Ces tours existent, on peut les visiter ; l'image qui accompagne cette section en montre une.

La tour Mjøstårnet à Brumunddal, en Norvège, immeuble de dix-huit étages à structure en bois.
Mjøstårnet, Brumunddal, Norvège (2019). 85,4 m, 18 étages, structure bois.Photo : NinaRundsveen, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0, modifiée (redimensionnée).
L'atrium intérieur de l'immeuble Tamedia à Zurich, de Shigeru Ban : poteaux ronds et poutres courbes en bois lamellé-collé apparent, baignés de lumière.
Tamedia, Zurich, Shigeru Ban (2013). Ossature entièrement en bois lamellé-collé, assemblée sans connecteur métallique.Photo : Melissanews, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0, modifiée (redimensionnée).

Ces bâtiments ne sont pas des exceptions isolées. À Vancouver, la résidence étudiante Brock Commons tient sur dix-huit étages, soit 53 mètres, dès 2017, en structure mixte bois-béton 8. À Vienne, la tour HoHo monte à 84 mètres et vingt-quatre étages, elle aussi hybride, un noyau de béton habillé de bois 9. Le point commun n'est pas le tout-bois à tout prix : c'est le bon matériau au bon endroit, le béton là où il faut de la masse, le bois pour le reste.

La France n'est pas en reste. À Bordeaux, la tour Hypérion, livrée en 2021, s'élève à 55 mètres sur seize niveaux : c'est la plus haute construction bois résidentielle du pays 10. À Strasbourg, l'immeuble Sensations aligne 146 logements sur onze étages, à 38 mètres, en structure entièrement bois posée sur un socle béton 11. Ces opérations s'inscrivent dans un programme national, « Immeubles à vivre bois », qui a lancé des démonstrateurs dans plusieurs villes 12. Le bois n'a donc rien à prouver sur le principe. Reste la vraie question, poste par poste : quand est-il le meilleur choix ? C'est l'objet du reste de cette page.

Section 03

Le vrai sujet, c'est le carbone du bâtiment

Construire pèse lourd sur le climat. Le secteur du bâtiment est l'un des plus gros émetteurs de la planète, par l'énergie qu'il consomme une fois habité, mais aussi par tout le carbone dépensé pour le bâtir. Or, à mesure qu'on isole mieux et qu'on chauffe plus proprement, la part liée à la construction elle-même grandit. Le matériau devient un sujet climatique à part entière.

Un matériau domine ce problème par sa masse : le béton, et surtout son liant, le ciment. Le ciment pèse à lui seul de l'ordre de 7 à 8 % des émissions mondiales de CO2, soit environ 2,4 à 2,5 gigatonnes de CO2 par an 1. La raison n'est pas qu'il serait très carboné au kilo, mais qu'on en coule des quantités énormes : environ 14 milliards de mètres cubes de béton chaque année, le matériau le plus utilisé au monde après l'eau.

Le plus gênant, c'est d'où vient ce CO2. Fabriquer le ciment demande de cuire du calcaire, qui se transforme alors en chaux en libérant du CO2. Cette réaction, la décarbonatation, représente à elle seule les deux tiers des émissions de l'usine, de l'ordre de 520 kg de CO2 par tonne de clinker 13. Elle est chimiquement inévitable : même avec un four parfaitement propre, ce CO2 sort. On peut agir sur le tiers restant, l'énergie du four, pas sur celui-là, sauf à capter le CO2, ce qui n'existe pas encore à grande échelle.

Voilà pourquoi "construire en bois" ne suffit pas à dire qu'on a réglé le problème. Remplacer un matériau par un autre ne fait pas disparaître la question : il faut regarder, honnêtement, combien de carbone coûte réellement chaque solution, poste par poste, avec son unité et son périmètre. C'est ce que fait le reste de cette page.

Section 04

Ce que veut dire "le carbone d'un bâtiment"

Un bâtiment émet du carbone de deux façons. Il y a le carbone d'exploitation, celui du chauffage, de la climatisation et de l'eau chaude pendant qu'on l'habite. Et il y a le carbone incorporé, celui qu'on a dépensé une fois pour toutes pour fabriquer les matériaux et construire. À mesure que les bâtiments consomment moins d'énergie, ce carbone incorporé devient la part décisive. C'est de lui que parle cette page. Sa première brique, ce sont les modules A1-A3 de l'analyse de cycle de vie : l'extraction de la matière, son transport à l'usine et sa fabrication, autrement dit "la sortie d'usine".

Le bois ajoute un deuxième compte, à ne jamais mélanger avec le premier : le carbone biogénique. En poussant, l'arbre a retiré du CO2 de l'air ; ce carbone reste piégé dans la pièce de bois. On le calcule avec une norme dédiée, à partir de la densité du bois 14 : de l'ordre de 0,7 à 0,9 tonne de CO2 stockée par mètre cube. Mais ce stock est un report, pas une suppression. Il ne compte comme un gain que si la forêt repousse et si le bois reste longtemps en oeuvre. Brûlé ou laissé pourrir, il relâche son carbone.

Pour juger honnêtement, il faut aller plus loin que la sortie d'usine. Le cycle de vie complet ajoute le transport et le chantier, l'entretien pendant des décennies, puis la fin de vie et ce qui se passe au-delà : ce sont les modules A à D. La réglementation française, la RE2020, va même plus loin en datant chaque émission : stocker du carbone tôt et le relâcher tard est valorisé, ce qui avantage les matériaux biosourcés 15. Encore faut-il une fiche environnementale du produit réel, déposée dans la base nationale, pour reconnaître ce stockage 16.

Graphique 2
Les seuils RE2020 de l'indicateur Ic construction, en escalier décroissant Un escalier décroissant à quatre marches représente les seuils successifs de l'indicateur Ic construction de la RE2020 pour le logement collectif, en kilos de CO2 par mètre carré : 640, puis 530, puis 415, puis 300. Deux lignes en tirets repèrent des solutions : une solution béton standard vers 285 et une solution bois vers 170 kilos de CO2 par mètre carré, toutes deux sous la marche la plus basse. Une note rappelle que les années de chaque palier sont à valider et que l'indicateur Ic construction couvre l'ensemble des produits et équipements sur le cycle de vie, alors que les repères béton et bois portent surtout sur la structure. Les seuils RE2020 se resserrent Indicateur Ic construction, logement collectif, en kg CO2 eq par m2. Paliers successifs : 640, 530, 415, 300. 0200400600 Ic construction, kg CO2 eq par m2 640 530 415 300 Paliers successifs de la RE2020 (resserrement du seuil) Solution béton standard, environ 285 Solution bois, environ 170 Les années exactes de chaque palier et la catégorie (maison individuelle vs logement collectif) sont à valider sur la source réglementaire à jour. L'Ic construction couvre l'ensemble des produits et équipements sur le cycle de vie ; les repères béton et bois portent surtout sur la structure. Ordres de grandeur, pas une conformité. Sources : e-re2020.fr (seuils) ; repères béton et bois, projetcelsius ; doc chiffres clés OXO.
La RE2020 resserre le seuil Ic construction par paliers : 640, puis 530, 415 et 300 kg CO2 eq/m2 (logement collectif). Une solution béton standard se situe vers 285 et une solution bois vers 170 kg CO2 eq/m2. Plus le seuil descend, plus le lot structure devient décisif. Ordres de grandeur : l'Ic construction couvre tout le cycle de vie des produits, pas seulement la structure. 17181

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C'est ici que les chiffres se mettent à danser. Deux choses les font varier. Le périmètre d'abord : un chiffre "sortie d'usine" (A1-A3) et un chiffre "cycle de vie complet" (A à D) ne se comparent pas, le second étant plus lourd puisqu'il ajoute tout ce qui vient après l'usine. L'unité ensuite : un carbone "par mètre cube de matière" compare des matières, un carbone "par mètre carré de plancher" compare des bâtiments, et un mètre carré de plancher contient bien moins qu'un mètre cube de matière. Mélanger les deux est l'erreur la plus fréquente 1.

Un piège mérite d'être nommé, parce qu'il flatte le bois. Si l'on arrête le calcul aux modules A, on garde le stock biogénique en négatif sans jamais compter son relâchement de fin de vie. Le bois paraît alors "carbone négatif", ce qui est un artefact de périmètre. Certaines fiches affichent ainsi des valeurs très négatives par mètre cube : elles incluent le stock et masquent la dette à venir. Un bilan honnête descend jusqu'aux modules C et D.

Le schéma ci-dessous met tout cela à plat. Il décompose le carbone d'un bâtiment en ses trois parts, le carbone incorporé de fabrication, le carbone biogénique stocké et le carbone d'exploitation, et il montre ce que change le périmètre choisi, de la seule production (A1-A3) au cycle de vie complet (A à D).

Diagramme 1
Les trois natures du carbone d'un bâtiment et les deux périmètres de calcul En haut, une frise des modules du cycle de vie d'un bâtiment, de gauche à droite : A1 à A3 la production en sortie d'usine, A4 et A5 le transport et le chantier, B la vie en oeuvre, C la fin de vie, D les bénéfices au-dela. Deux accolades montrent la différence de périmètre : une accolade courte ne couvre que les modules A1 à A3, le carbone incorporé dit de sortie d'usine ; une accolade longue couvre les modules A à D, le carbone du cycle de vie complet. En bas, trois natures de carbone sont distinguées : le carbone incorporé, émissions fossiles de fabrication et de tout le cycle ; le carbone biogénique, stocké dans le bois et la terre, montré à part et jamais soustrait, de l'ordre de 0,7 à 0,9 tonne de CO2 par mètre cube de bois et d'un repère de structure d'environ 50 kilos de CO2 par mètre carré stockés ; le carbone d'usage, l'énergie d'exploitation, hors indicateur Ic construction. Le carbone d'un bâtiment, décomposé Trois natures de carbone, deux périmètres. Un chiffre carbone ne dit rien sans les deux. Les deux périmètres Carbone du cycle de vie, modules A à D Carbone incorporé A1-A3, sortie d'usine A1-A3 A4-A5 B C D Production, matières, usine Transport, chantier Vie en oeuvre, entretien Fin de vie Au-dela, réemploi Les trois natures de carbone Carbone incorporé Émissions fossiles de fabrication et de tout le cycle : extraction, cuisson, transport, chantier, entretien, fin de vie. C'est ce que plafonne l'indicateur Ic construction, rapporté au mètre carré de plancher. Carbone biogénique Carbone que l'arbre et la plante ont retiré de l'air, gardé dans le bois et la terre à fibres. Montré à part, jamais soustrait. Bois : environ 0,7 à 0,9 t CO2 par m3. Repère de structure : environ 50 kg CO2 eq par m2 stockés. Carbone d'usage Énergie d'exploitation : chauffage, froid, électricité. Hors Ic construction, compté séparément par la RE2020. Lecture : comparer un carbone incorporé A1-A3 de bois à un cycle de vie complet A à D de béton est l'erreur la plus fréquente. Arrêté aux modules A, un chiffre bois garde le stock sans compter le relâchement de fin de vie, les modules C. Découpage en modules selon la norme EN 15978.
Un chiffre carbone dépend toujours de deux choses : l'unité et le périmètre. Le carbone incorporé A1-A3 ne couvre que la sortie d'usine ; le cycle de vie va jusqu'aux modules A à D. Le carbone biogénique du bois est montré à part et jamais soustrait du carbone émis. 11419

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Section 05

Les matériaux, un par un, sans favori

Voici les principaux matériaux de structure, pris un par un, sans en couronner aucun.

Le tableau ci-dessous rassemble leurs fourchettes de carbone incorporé. Lisez-le avec prudence : il mêle des unités (par mètre cube de matière et par mètre carré d'élément ou de plancher) et des périmètres. Ces valeurs sont des ordres de grandeur comparatifs, pas des fiches réglementaires. Le rang des solutions est robuste ; le niveau exact bouge d'une source à l'autre 1.

Les matériaux d'un coup d'oeil : stocke-t-il du carbone, où est-il le meilleur, sa principale limite. Les fourchettes chiffrées de carbone sont dans le graphique ci-dessous 1.
Matériau Stocke du carbone Le meilleur pour Sa principale limite
Bois massif, CLT, lamellé oui structure, planchers, préfabrication l'eau et le feu, portée limitée
Béton armé courant non fondations, noyaux, grandes portées carbone du ciment, inévitable
Béton bas carbone non mêmes emplois, carbone réduit ressources (laitier, cendres) rares
Pierre massive non murs et façades porteurs lourde, transport, pas de plancher
Brique de terre cuite non murs, inertie, régulation de l'humidité cuisson énergivore, lourde
Terre crue pisé, adobe, BTC oui si fibres remplissage, cloisons, confort porte peu, craint l'eau
Mixte bois-béton partiel planchers, superstructure complexe, réemploi difficile

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Graphique 1
Carbone incorporé par matériau, en fourchettes, par mètre cube de matière Cinq barres à moustaches, une par matériau, en kilos de CO2 par mètre cube de matière, modules A1 à A3 en sortie d'usine. Bois massif, lamellé-collé et CLT : 60 à 360. Béton armé courant : 300 à 500. Béton bas carbone : 185 à 330. Pierre massive : 90 à 190. Terre crue en pisé et adobe : 3 à 47. Les plages se recouvrent largement. Une note précise que la brique de terre cuite est publiée par kilo, 0,18 à 0,24 kilo de CO2 par kilo, et n'est pas convertie ici pour ne pas inventer une masse volumique, et que le carbone biogénique stocké n'est pas compté dans ces valeurs. Carbone incorporé par matériau Fourchettes A1-A3 (production), par m3 de matière. Deux études sérieuses peuvent différer d'un facteur 2 à 5. 0100200 300400500 Bois massif, lamellé-collé, CLT 60 à 360 Béton armé courant 300 à 500 Béton bas carbone 185 à 330 Pierre massive 90 à 190 Terre crue (pisé, adobe) 3 à 47 kg CO2 eq par m3 de matière, modules A1-A3 (sortie d'usine) Brique de terre cuite : publiée par kg (0,18 à 0,24 kg CO2 eq/kg), non convertie ici pour ne pas inventer une masse volumique. CLT et lamellé-collé pèsent plus que le bois massif scié. Le carbone biogénique stocké n'est pas compté dans ces valeurs. Certaines sont des ordres de grandeur, pas des FDES. Sources : doc chiffres clés OXO, base ICE et FDES françaises.
Par m3 de matière, en production A1-A3 : bois 60 à 360, béton armé courant 300 à 500, béton bas carbone 185 à 330, pierre massive 90 à 190, terre crue 3 à 47 kg CO2 eq/m3. Les plages se recouvrent ; l'unité par m3 compare des matières, pas des bâtiments. 12021

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Le bois (massif, lamellé-collé, CLT)

Le bois est léger : il pèse 3 à 6 fois moins que le béton ou la pierre 1. Cette légèreté allège les fondations, facilite la préfabrication en atelier et raccourcit le chantier. Il travaille aussi bien en compression qu'en traction, ce qui en fait un bon matériau de structure. Et il stocke du carbone : l'arbre a retiré du CO2 de l'air, la pièce de bois le garde tant qu'elle reste en oeuvre.

En production (modules A1-A3), son carbone incorporé va de l'ordre de 60 à 360 kg CO2 eq par mètre cube selon le produit et la base de données 2122. Le CLT et le lamellé-collé sont plus lourds que le bois massif scié, à cause de la colle, du séchage et de l'usinage. À côté, le carbone biogénique stocké est de l'ordre de 0,7 à 0,9 tonne de CO2 par mètre cube de bois, selon l'essence et la densité 14. Attention à un piège : certaines bases publient des valeurs négatives, par exemple environ -762 kg CO2 eq par mètre cube chez un fabricant 23, qui incluent déjà ce stock biogénique. Elles ne mesurent pas le carbone fossile de fabrication et masquent la dette de fin de vie.

Ce que le bois ne sait pas faire aussi bien. Il craint l'eau : sans conception hors d'eau et sans ventilation, il pourrit. Il brûle, même si sa carbonisation est lente et calculable ; les jonctions et les cavités demandent une conception feu rigoureuse. Seul, il isole mal du bruit, d'où la chape ou la dalle qu'on lui ajoute. Enfin, son atout carbone ne tient que si la forêt repousse et si le bois reste longtemps en place : le stock est un report, pas une suppression.

Le béton (courant et bas carbone)

Le béton est le matériau des situations difficiles. Il encaisse les charges lourdes et les grandes portées, il est incombustible, il résiste à l'eau et convient aux fondations, aux sous-sols et aux noyaux. Sa masse apporte de l'inertie, utile au confort d'été, et de l'acoustique. En préfabrication, il est rapide et compétitif.

Son carbone n'est pas élevé au kilo, il l'est par le volume qu'on en coule. Un béton armé courant se situe autour de 300 à 500 kg CO2 eq par mètre cube en production (modules A1-A3), une fiche environnementale française donnant par exemple 471 kg CO2 eq par mètre cube 201. Rapportée au plancher, une structure béton pèse de l'ordre de 185 à 380 kg CO2 eq par mètre carré, une solution de logement courante étant estimée autour de 285 kg CO2 eq par mètre carré 18. Le béton bas carbone annonce 30 à 50 % de moins, surtout en abaissant la part de clinker ; le ciment à l'argile calcinée (LC3) est le relais le plus disponible 24.

La limite du béton est chimique. Les deux tiers des émissions de son ciment viennent de la décarbonatation, cette réaction inévitable de la cuisson du calcaire 13. On peut baisser le reste, pas cela, sauf à capter le CO2 à une échelle qui n'existe pas encore. Le béton ne stocke aucun carbone biogénique ; il en reprend lentement une part par carbonatation en service, estimée à environ 43 % du CO2 de procédé sur la période 1930-2013, mais ce chiffre est contesté et étalé sur des décennies 25. Et les substituts au clinker les plus efficaces, laitier et cendres, se raréfient.

La pierre massive

La pierre porteuse revient parce qu'elle est peu transformée : on l'extrait, on la scie, on la pose, sans cuisson. Elle fait d'excellents murs porteurs et façades, elle est incombustible, elle apporte de l'inertie et elle se réemploie presque indéfiniment. Le savoir-faire est ancien, les outils et les règles sont d'aujourd'hui.

Faute de cuisson, son carbone de fabrication est bas : de l'ordre de 90 à 190 kg CO2 eq par mètre cube, valeur convertie depuis le poids par tonne, donc un ordre de grandeur 26. Par mètre carré de mur ou de façade, on est autour de 17 à 21 kg CO2 eq par mètre carré quand la carrière est proche 26. Mais tout se joue sur le transport : la même paroi passe à environ 89 kg CO2 eq par mètre carré pour une pierre transportée sur 1 623 km, le transport pesant alors près de 80 % de l'impact.

La pierre porte en compression, pas en traction ni en flexion. Elle fait donc de bons murs, mais elle est hors sujet pour les planchers et les charpentes, qui restent en bois, en acier ou en béton. Elle est lourde et épaisse, son bas carbone exige une carrière locale, et sa taille reste plus chère et plus lente que le béton courant. Presque tous les projets contemporains en pierre sont donc mixtes.

La brique de terre cuite

La brique de terre cuite est une filière mature. Durable, stable, peu exigeante en entretien, elle apporte de l'inertie, régule l'humidité intérieure et résiste bien au feu. Elle est normalisée, assurable sans difficulté, et ses fiches environnementales sont largement disponibles.

Son carbone vient de la cuisson, vers 900 à 1000 degrés. En production (modules A1-A3), il se situe autour de 0,18 à 0,24 kg CO2 eq par kilo de brique selon la technologie de four 2720 ; des valeurs bien plus hautes circulent ailleurs, avec un périmètre qui n'est pas comparable. Pour comparer, mieux vaut raisonner par mètre carré de mur : de l'ordre de 26 à 30 kg CO2 eq par mètre carré en version courante, et environ 18,3 kg CO2 eq par mètre carré pour une brique bas carbone cuite au gaz 28.

La brique ne stocke pas de carbone biogénique, et la cuisson reste son poste dominant : sa décarbonation dépend de fours plus sobres, encore à venir. Elle est lourde et n'isole pas à elle seule, d'où les briques alvéolaires ou l'isolation rapportée. Enfin, l'argile est extraite en carrière, une ressource non renouvelable à l'échelle humaine.

La terre crue (pisé, adobe, BTC)

La terre crue, c'est la même argile que la brique, mais sans cuisson : on la met en oeuvre humide, on la laisse sécher à l'air. C'est le matériau le plus sobre en production. Elle apporte un vrai confort hygrométrique, de l'inertie, et elle retourne au sol sans déchet. En remplissage, en cloison, en mur intérieur inertiel et en enduit, elle est excellente.

Son carbone de fabrication est très bas : un pisé non stabilisé est de l'ordre de 47 kg CO2 eq par mètre cube, un adobe autour de 3 kg CO2 eq par mètre cube 1. Les fiches de la filière donnent par exemple une plaque de terre extrudée à environ 1,58 kg CO2 eq par mètre carré et un enduit terre à environ 0,24 kg CO2 eq par mètre carré 29. Sur cent ans, son bilan peut approcher zéro, voire passer sous zéro si le mélange contient des fibres biosourcées 30.

Mais la terre crue porte peu : sa résistance en compression est faible, elle ne franchit pas de grande portée et ne monte pas haut. Elle est très sensible à l'eau, d'où la règle des "bonnes bottes et du bon chapeau", un soubassement étanche et un large débord de toit. La stabiliser au ciment lui rend de la résistance, mais peut augmenter son carbone de plus de 50 %, effaçant son avantage 1. Sa mise en oeuvre est lente, et sa normalisation, hors enduits, se règle encore au cas par cas avec l'assureur.

La structure mixte bois-béton

Le mixte ne cherche pas à remplacer le béton par le bois partout : il met chaque matériau là où il est le meilleur. Le béton reste au sol, dans les noyaux et là où il faut de la masse (feu, eau, acoustique) ; le bois prend la superstructure et les planchers courants, où comptent sa légèreté, son carbone et sa préfabrication. Le plancher mixte bois-béton en est le cas vedette : une dalle de béton mince rendue solidaire du bois par des connecteurs, qui gagne en portée et en acoustique tout en réduisant le béton.

Son bilan se situe, logiquement, entre le tout béton et le tout bois. Un bâtiment hybride de sept étages a été mesuré autour de 122 à 125 kg CO2 eq par mètre carré, soit environ 60 % d'un béton armé équivalent (périmètre : structure, carbone biogénique compris) 1. La performance dépend surtout de la part de béton qu'on a réussi à retirer : dans un plancher mixte, c'est le béton qui pèse sur le bilan, donc on vise la dalle la plus mince que la portée et l'acoustique autorisent.

Le prix de ce compromis est la complexité. Deux matériaux, deux Eurocodes, des connecteurs à dimensionner, et des comportements différés à gérer, le fluage du bois et le retrait du béton. Le coulage humide sur le bois impose souvent un étaiement pendant la prise. Et un plancher mixte à liaison humide se démonte mal en fin de vie, ce qui complique le réemploi. Enfin, avec moins de bois qu'une solution tout bois, le mixte stocke moins de carbone biogénique.

Un tableau par matériau ne dit pourtant pas la vérité d'un bâtiment. Le carbone réel dépend d'abord de la quantité de matière employée, donc de la conception : le facteur qui domine est le poids de la structure (Hart 2021 31). C'est pourquoi la légèreté du bois, qui pèse 3 à 6 fois moins que le béton ou la pierre 1, est un avantage carbone indirect souvent oublié : elle allège les fondations et tout le gros oeuvre enterré. Le vrai sujet n'est donc pas le matériau en soi, mais son affectation, poste par poste. Le schéma ci-dessous montre justement le bon matériau à la bonne place : fondations, structure, plancher, façade, remplissage.

Diagramme 2
Coupe schématique d'un bâtiment avec le matériau pertinent pour chaque poste Coupe verticale au trait d'un petit bâtiment à deux niveaux. Cinq postes sont repérés par des pastilles numérotées et une liste à droite. Poste 1, la façade, en peau extérieure : bois ou pierre massive. Poste 2, la structure, poteaux et refends verticaux : bois massif, lamellé-collé ou CLT, ou mixte bois-béton. Poste 3, les planchers, bandes horizontales : mixte bois-béton, dalle mixte. Poste 4, le remplissage entre la structure : terre crue en pisé, adobe ou brique de terre comprimée, ou brique de terre cuite. Poste 5, les fondations sous le sol : béton bas carbone, soubassement en pierre. Une légende de motifs distingue les familles de matériaux. Le bon matériau par poste Le carbone d'un bâtiment se joue poste par poste, pas dans le choix d'un seul matériau. 1 2 3 4 5 1 Façade Bois ou pierre massive. 2 Structure Poteaux et refends : bois massif, lamellé-collé ou CLT, ou mixte bois-béton. 3 Planchers Mixte bois-béton, dalle mixte. 4 Remplissage Terre crue en pisé, adobe ou BTC, ou brique de terre cuite. 5 Fondations Béton bas carbone, soubassement pierre. Bois Béton Pierre Terre crue ou brique Lecture : le bon matériau au bon endroit. Chaque poste a ses contraintes, portée, feu, eau, ressource, coût. Le bois pèse 3 à 6 fois moins que le béton ou la pierre, ce qui allège les fondations. Coupe de principe, sans échelle.
Un bâtiment n'est pas fait d'un seul matériau. Fondations en béton bas carbone, structure bois ou mixte, planchers mixtes bois-béton, façade bois ou pierre, remplissage en terre crue ou brique : le carbone se joue poste par poste. Un tableau par matériau ne dit pas la vérité d'un bâtiment, c'est la quantité de matière et le poids de la structure qui décident. 131

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Section 06

Ce que disent les chercheurs

Sur un point, la recherche est largement d'accord. À fonction égale, une structure bois porte en général moins de carbone incorporé (la production des matériaux, les étapes A1 à A3) qu'une structure en béton armé ou en acier. Les revues d'analyse de cycle de vie situent une structure bois autour de 119 à 200 kg CO2 eq/m2 de plancher (médiane, production A1-A3), une structure béton plutôt entre 185 et 380 kg CO2 eq/m2 1. Les fourchettes sont larges et se touchent déjà par le haut : le bois n'est pas magiquement propre, il part juste plus bas.

Deuxième accord : le bois stocke du carbone. En poussant, l'arbre capte du CO2 et le fixe dans sa matière. Tant que le bois reste dans le bâtiment, ce carbone biogénique n'est pas dans l'atmosphère : de l'ordre de 0,7 à 0,9 tonne de CO2 par m3, jusqu'à environ 1 tonne selon l'essence et la source 1. Troisième accord, plus modeste : fabriquer en atelier plutôt que sur chantier (la préfabrication) réduit les rebuts, le bruit et l'humidité, et raccourcit les délais. Jusqu'ici, rien de contesté.

Avant d'aller plus loin, une distinction que beaucoup d'articles oublient : le bois brûlé pour l'énergie et le bois de construction ne se valent pas. Le bois brûlé relâche son carbone tout de suite ; le bois de structure le garde des décennies. L'EASAC rappelle dès 2017 que traiter toute biomasse forestière comme neutre en carbone est trop simpliste, et que seuls des temps de retour inférieurs à environ dix ans mériteraient le mot renouvelable pour un objectif de 1,5 degré C 32. Ce propos vise surtout le bois-énergie : il faut le garder en tête sans le coller au bois de charpente.

Première controverse honnête : la dette carbone du bois et son temps de retour. Couper un arbre retire un puits qui aurait continué d'absorber du CO2 ; il y a donc un décalage entre l'émission d'aujourd'hui et la recapture au fil de la repousse. Ter-Mikaelian et coll. mesurent des temps de retour de 44 à 104 ans après coupe rase selon la forêt, la parité arrivant plus vite pour le bois d'œuvre (environ 22 ans en forêt à croissance rapide) 33. Une revue de synthèse montre que, d'une étude à l'autre, ces temps varient jusqu'à 200 ans 34. On ne tranche pas : l'ampleur dépend de la gestion forestière, de l'usage final et de l'horizon retenu.

Deuxième controverse : le puits forestier français recule. Le schéma ci-dessous trace cette baisse. Selon les inventaires de l'IGN, la forêt française absorbe désormais de l'ordre de 39 à 43 Mt CO2 par an, contre environ 63 Mt sur la décennie précédente, soit une baisse d'environ 38 à 50 % ; la mortalité des arbres grimpe de +80 à +125 % selon la période et la mesure, sous l'effet des sécheresses, des scolytes et des champignons 3536. À l'échelle mondiale, une étude estime même le coût carbone des récoltes de bois 2010-2050 à environ 3,5 à 4,2 Gt CO2 eq par an, méthode contestée 37. Le message tient sans trancher : plus on récolte pour construire, plus on pèse sur un puits déjà fragilisé.

Diagramme 3
Le puits net de carbone de la forêt française a environ diminué de moitié en dix ans Graphique. En ordonnée, le puits net de carbone de la forêt française en millions de tonnes de CO2 absorbées par an, de zéro à soixante-dix. En abscisse, les années de 2005 à 2023. Trois périodes d'inventaire de l'IGN sont figurées par des segments horizontaux à leur valeur : environ 63 millions de tonnes de CO2 par an sur 2005 à 2013, environ 43 sur 2013 à 2021 selon le millésime 2024, environ 39 sur 2015 à 2023. Un trait en tirets descend de 63 vers 39, soit une baisse d'environ 38 pour cent selon l'IGN 2025, grosso modo une division par deux. Un encadré rappelle que la mortalité des arbres est en forte hausse, de plus 80 pour cent à plus 125 pour cent en dix ans, de 7,4 à 16,7 millions de mètres cubes par an. Le puits forestier français qui recule Puits net de carbone de la forêt française, en millions de tonnes de CO2 absorbées par an (Mt CO2 par an). 0 20 40 60 Mt CO2 par an 2005 2009 2013 2017 2021 2023 63 Mt, 2005-2013 43 Mt, 2013-2021 (millésime IGN 2024) 39 Mt, 2015-2023 -38 % (IGN 2025) soit grosso modo divisé par deux Mortalité des arbres en forte hausse +80 % (IGN 2024) à +125 % en dix ans, de 7,4 à 16,7 millions de m3 par an (IGN 2025). Plus on récolte pour construire, plus on pèse sur un puits déjà fragilisé.
Le puits net de carbone de la forêt française est tombé à l'ordre de 39 à 43 Mt CO2 par an, en baisse d'environ 38 à 50 %, grosso modo divisé par deux entre la décennie 2005-2013 (environ 63 Mt) et la période 2015-2023 (environ 39 Mt). La mortalité des arbres a bondi de +80 à +125 % selon la période. Ce sont des millésimes et des périodes d'inventaire IGN différents, non contradictoires. 35361

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Troisième controverse, la plus manipulée : les facteurs de substitution, c'est-à-dire le CO2 évité quand on remplace du béton ou de l'acier par du bois. Le graphique ci-dessous montre à quel point les études divergent. Sathre et O'Connor trouvent une médiane de 2,1 tonne de carbone évitée par tonne de carbone dans le bois, mais avec une dispersion très large 38. Une synthèse plus récente de Leskinen et coll. donne une moyenne bien plus basse, autour de 1,2 39. Et Harmon montre que ces bénéfices ont pu être surestimés d'un facteur 2 à 100 selon les hypothèses 40. La substitution existe et va dans le bon sens, mais les chiffres spectaculaires supposent des hypothèses optimistes.

Graphique 3
Dispersion des facteurs de substitution du bois selon trois sources Axe horizontal du facteur de déplacement, en tonne de carbone évitée par tonne de carbone dans le bois, de moins quatre à seize. Une bande grise marque la zone des études courantes, de 1 à 3. Sathre et O'Connor 2010, sur 21 études, donne une médiane de 2,1 avec une dispersion très large allant de moins 2,3 à 15. Leskinen et coll. 2018 donne une moyenne plus basse, environ 1,2. Un encadré rappelle, d'après Harmon 2019, que les bénéfices de substitution pourraient avoir été surestimés d'un facteur 2 à 100 selon les hypothèses. La dispersion est le message : un facteur unique ne dit rien sans son étendue. Les facteurs de substitution divergent CO2 évité en remplaçant le béton ou l'acier par du bois, en tonne de carbone évitée par tonne de carbone dans le bois. La plupart des études : 1,0 à 3,0 En deçà de 0 : le bois fait pire que le béton ou l'acier. -4 -2 0 2 4 6 8 10 12 14 16 Facteur de déplacement, en tonne de carbone évitée par tonne de carbone dans le bois Sathre et O'Connor 2010, 21 études médiane 2,1 -2,3 15 dispersion très large Leskinen et coll. 2018 (EFI) : moyenne 1,2 Harmon 2019 : attention aux facteurs élevés Selon les hypothèses retenues (facteur supposé constant, sans fuite de marché), les bénéfices de substitution pourraient avoir été surestimés d'un facteur 2 à 100 : c'est le point le plus contesté du dossier. Lecture : la substitution est réelle en moyenne, mais une étude peut donner deux fois moins ou sept fois plus. Un facteur unique ne dit rien sans sa dispersion. Sources : Sathre et O'Connor 2010 ; Leskinen et coll. 2018 ; Harmon 2019 ; doc chiffres clés OXO.
Le même bois, trois lectures. Sathre et O'Connor 2010 : médiane 2,1, mais une dispersion de -2,3 à 15 sur 21 études, la plupart entre 1,0 et 3,0. Leskinen et coll. 2018 : moyenne plus basse, environ 1,2. Harmon 2019 avertit que ces bénéfices pourraient être surestimés d'un facteur 2 à 100. La substitution est réelle en moyenne, mais trop dispersée pour un chiffre unique. 383940

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Au total, le consensus est solide sur le sens (le bois porte moins de carbone, il en stocke, la préfabrication aide) et le débat reste ouvert sur l'ampleur (temps de retour, avenir du puits, facteurs de substitution). Le bois est une bonne réponse carbone à deux conditions : une forêt gérée durablement, qui se reconstitue sans s'épuiser, et un bâtiment sobre et durable, qui garde sa matière longtemps. Ce n'est pas une baguette magique. C'est pourquoi le carbone doit servir de boussole, pas de dogme.

Section 07

Le carbone est une boussole, pas un dogme

Le carbone incorporé est une boussole. Il donne le cap : réduire ce qu'un bâtiment émet pour exister. Mais il ne remplace pas les autres critères qui font un bon bâtiment : la durabilité réelle, le coût, le confort d'été, la tenue au feu, la résistance à l'eau, l'entretien, la capacité de réemploi. Un bâtiment bas carbone qu'on n'entretient pas, ou qu'on démolit dans trente ans, a raté son pari. La boussole indique une direction ; elle ne dessine pas le projet.

Il n'existe pas non plus de classement absolu des matériaux. Le rang d'un matériau dépend du critère retenu (production seule ou cycle de vie complet), de la portée à franchir, du contexte (feu, eau, séisme, ressource locale) et de l'horizon de temps choisi. Changez une seule de ces variables, et le classement bouge. Un matériau champion dans une situation devient inadapté dans une autre. C'est banal en ingénierie, et c'est pourtant ce qu'on oublie quand on dit simplement construire en bois.

Ce qui décide du carbone réel, ce n'est pas d'abord le nom du matériau, c'est la conception et la quantité de matière mise en œuvre. La preuve par les chiffres : une structure béton bien optimisée peut descendre à 35 à 140 kg CO2 eq/m2 en production A1-A3, quand une structure bois se situe plutôt autour de 119 à 200 kg CO2 eq/m2 1. Autrement dit, ces fourchettes se recouvrent largement : un béton pensé finement peut passer sous un bois lourd ou mal conçu. Le matériau ne fait pas tout le travail.

Le schéma ci-dessous montre le même bâtiment imaginé en trois versions. Tout béton des années 2000 : environ 285 kg CO2 eq/m2, dans une fourchette de 250 à 380. Mixte raisonnable : environ 180, entre 120 et 230. Bois et terre crue optimisé : environ 140, entre 110 et 190 1. Trois bandes larges, qui se chevauchent par les bords. Le carbone biogénique stocké est montré à part, jamais soustrait de ces valeurs. On lit un ordre de grandeur et un classement, pas un résultat au kilo près.

Diagramme 4
Trois familles de structure, carbone incorporé en fourchettes qui se recouvrent Trois barres horizontales de fourchette de carbone incorporé, en kilos de CO2 par mètre carré de plancher, surtout production A1 à A3. Tout béton des années 2000 : central 285, fourchette 250 à 380. Mixte raisonnable : central 180, fourchette 120 à 230. Bois et terre crue optimisé : central 140, fourchette 110 à 190. Les trois fourchettes se recouvrent nettement entre 120 et 230. À côté de chaque barre, le carbone biogénique stocké est montré séparément, jamais soustrait : zéro pour le tout béton, 30 à 50 pour le mixte, 50 à plus de 90 pour le bois et terre crue. Le même bâtiment en trois matériaux Carbone incorporé, en kg CO2 eq par m2 de plancher (surtout production A1-A3). Les fourchettes se recouvrent. 0100200 300400 kg CO2 eq par m2 de plancher, carbone incorporé Tout béton années 2000 285 250 à 380 Mixte raisonnable 180 120 à 230 Bois + terre crue optimisé 140 110 à 190 recouvrement Carbone biogénique stocké, montré à part (jamais soustrait) : tout béton : environ 0. Mixte : 30 à 50 kg CO2 eq par m2. Bois + terre crue : 50 à plus de 90 kg CO2 eq par m2. Lecture : un bon projet bois bat un mauvais projet béton, et l'inverse est possible. La jauge se lit comme une bande, pas comme un trait. Ordres de grandeur, familles génériques, pas de FDES.
Le même bâtiment, trois familles de structure. Tout béton : environ 285 kg CO2 eq par m2 (fourchette 250 à 380). Mixte raisonnable : environ 180 (120 à 230). Bois et terre crue optimisé : environ 140 (110 à 190). Les fourchettes se recouvrent : c'est le message. Le carbone biogénique stocké est montré à part, jamais soustrait : 0 pour le béton, 30 à 50 pour le mixte, 50 à plus de 90 pour le bois et terre crue. 118

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La conclusion se tient donc sans slogan. Un bon projet bois bat un mauvais projet béton ; un béton bien pensé peut battre un bois mal pensé. Il n'y a pas de matériau vertueux universel, seulement le bon matériau au bon endroit, dans le bon contexte. Et l'on connaît mieux le classement des solutions que leur niveau exact : c'est la limite de tout calcul carbone, et c'est aussi ce qui rend la question intéressante.

Section 08

Notre façon de faire

Notre position tient en une phrase : nous ne sommes pas les architectes d'un matériau, mais des bonnes situations. Le bois quand le lieu et l'époque l'appellent, souvent mais pas toujours, jamais par dogme. Aimer le bois, c'est aussi savoir quand lui préférer autre chose. Le vrai sujet n'est pas bois contre béton, c'est le carbone du bâtiment et le bon matériau par endroit.

Dans la pratique, la réponse la plus honnête est souvent le mixte raisonnable : le béton là où l'eau et la descente de charges l'exigent (fondations, noyau), le bois pour porter, franchir et coiffer. Nos projets le montrent, avec leur seule composition de structure. Le lycée Jean Moulin à Revin est un mixte bois-béton 70 / 30 : structure et toiture en bois, seuls les murs de refend en béton. Kaskade est en 80 / 20, structure bois et noyau béton. Ecotone, à Arcueil, va plus loin, 90 / 10 : structure et plancher bois, noyau béton. La Tour A10 (80 / 20, plancher bois, noyau béton), Marcel Paul (80 / 20, structure bois, noyau béton), L'Arbre de Vie (bureaux bois-béton 80 / 20), la Tour d'Asnières (mixte 60 / 40) et Pixel Tour (structure mixte bois-béton) suivent la même logique : mettre le bois où il est le meilleur, garder le béton où il reste indispensable.

L'éventail va d'ailleurs du tout bois à la simple peau. À Boulogne, l'opération Seine Gourmande est une extension 100 % bois, avec rénovation de la façade en bois. À Mille Arbres, c'est le village qui est en bois, environ 30 % de l'ensemble. À Flying Garden, il n'y a pas de structure bois : seulement la façade, environ 20 %. Chaque fois, la part de bois n'est pas une déclaration, c'est un choix de projet, dicté par la portée, la hauteur, le feu et l'usage.

Le matériau n'est qu'une partie de l'histoire. Le bâtiment le moins émetteur reste celui qu'on ne bâtit pas : nous cherchons donc à réhabiliter plutôt qu'à démolir, à réemployer ce qui peut l'être, et à construire avec moins de matière. Nous préférons le bois de proximité et les filières courtes, quand elles existent : donner une valeur économique à la forêt vivante fait partie du raisonnement, pas seulement le carbone du mur.

Il y a aussi une raison plus discrète de bien employer le bois : le confort de l'habiter. Plusieurs travaux sur le design biophilique suggèrent qu'une pièce en bois abaisse le rythme cardiaque et la tension nerveuse. Nous le formulons au conditionnel : c'est un effet encore à consolider, une intuition partiellement mesurée, pas une preuve. Nous laissons le bois apparent quand le projet le permet, pour sa chaleur et sa lisibilité, sans en faire un argument de vente.

Il faut enfin être franc sur ce que nous n'avons pas encore fait. Nous n'avons pas mené de campagne de mesure carbone sur nos bâtiments livrés : nous ne publions donc aucun chiffre de carbone par projet, faute de source solide. Ce que nous faisons, c'est optimiser dès la conception (le mixte, le béton bas carbone, la sobriété de matière) et documenter mieux nos prochaines opérations. Nous voulons faire changer les choses en le prouvant, pas en le proclamant.

Section 09

Nos projets bois et mixtes

Nous employons le bois depuis plus de vingt ans, projet après projet, là où il fait sens. Ces six réalisations, livrées ou en études, montrent des degrés d'engagement différents : de l'extension tout bois à la structure mixte où le béton garde son rôle. Chaque composition répond d'abord au lieu, pas à une doctrine.

Projet OXO : Lycée Jean Moulin, Revin.
Lycée Jean Moulin, RevinÀ Revin, dans les Ardennes, le lycée se love au creux des méandres de la Meuse, en pleine forêt. C'est notre projet fondateur, livré en 2016, celui qui nous a permis de construire le bois à grande échelle. Ici l'environnement boisé rend la structure en bois naturelle : le matériau prolonge le paysage plutôt qu'il ne s'y pose. Composition : mixte bois-béton 70 / 30, structure et toiture en bois, seuls les murs de refend restent en béton.Voir le projet
Projet OXO : Ecotone, Arcueil.
Ecotone, ArcueilÀ Arcueil, Ecotone est pensé comme un bâtiment vivant, en dialogue avec un contexte très végétal. Ce cadre appelle une structure porteuse en bois, jusqu'aux planchers. Le béton se limite au noyau, là où il reste utile. Composition : structure à dominante bois 90 / 10, plancher bois, noyau en béton.Voir le projet
Projet OXO : Tour A10, Tours.
Tour A10, ToursÀ Tours, en lisière boisée, la Tour A10 cherche la verticalité sans alourdir. Elle mêle bois et béton : les planchers sont en bois, le noyau reste en béton. Le bois y gagne la hauteur, plus léger que le tout-béton. Composition : mixte bois-béton 80 / 20, plancher bois, noyau béton.Voir le projet
Projet OXO : Boulogne Seine Gourmande, Boulogne-Billancourt.
Boulogne Seine Gourmande, Boulogne-BillancourtÀ Boulogne-Billancourt, Seine Gourmande greffe une extension entièrement en bois sur un bâti existant. Le bois n'y est pas un effet de mode : il répond à un objectif clair de décarbonation. La rénovation reprend aussi la façade en bois. Composition : extension 100 % bois, façade bois en rénovation.Voir le projet
Projet OXO : Kaskade, Lille.
Kaskade, LilleÀ Lille, Kaskade porte des bureaux en gradins. L'enjeu : monter en hauteur autrement, plus léger. La structure est en bois, le noyau en béton. Le bois y démontre qu'il peut tenir la verticalité. Composition : structure bois 80 / 20, noyau béton.Voir le projet
Projet OXO : Pixel Tours.
Pixel ToursÀ Tours, dans le quartier des Deux Lions, Pixel organise des logements autour d'un cœur d'îlot planté. Le bois est choisi pour habiter : chaleur, légèreté visuelle, meilleur bilan environnemental. La structure associe bois et béton. Composition : structure mixte bois-béton.Voir le projet

Section 10

Composez un bâtiment, sous contraintes

Pour finir, un outil plutôt qu'un discours. Il s'appelle Composez un bâtiment, sous contraintes. On y compose un bâtiment poste par poste (fondations, structure, planchers, façade, remplissage) en choisissant un matériau pour chaque partie. En direct, on voit ce que le bâtiment émet et ce qu'il stocke, et l'endroit exact où un choix devient irréaliste. Le message tenu de bout en bout : il n'existe pas de bâtiment parfait, on optimise sous contraintes.

Ce qu'on lit est simple. Une jauge donne le carbone incorporé total, en kg CO2 eq par m2 de plancher, avec les repères de la RE2020 posés dessus. Elle se lit comme une bande, une fourchette, pas comme un trait précis. Le carbone biogénique stocké est affiché à côté, dans une couleur distincte, jamais soustrait en douce du carbone émis : stocker n'est pas éviter, et le stock est temporaire. Enfin, des garde-fous s'allument quand un choix n'est pas raisonnable pour la portée, la hauteur ou le contexte demandés : portée atteignable, tenue au feu, sensibilité à l'eau, coût relatif.

Outil non certifiant : familles de matériaux génériques, ordres de grandeur, pas de FDES. Il compare des partis pour faire comprendre les arbitrages, il ne valide pas un projet. Ouvrir dans un onglet

Une précaution, en toutes lettres : cet outil n'est pas certifiant. Il travaille sur des familles de matériaux génériques, pas sur des produits réels avec leur FDES. Il ne fait pas le métré du bâtiment et couvre surtout la production des matériaux. Il ne remplace ni une étude carbone, ni un bureau d'études, ni l'attestation RE2020. Il compare des partis pour faire comprendre les arbitrages ; il ne valide pas un projet.

Section 11

Les limites de l'étude

Déplier les limites (9)
  1. La variabilité des analyses de cycle de vie.Un même bâtiment, calculé avec deux bases de données, deux périmètres ou deux hypothèses de fin de vie, ne donne pas le même carbone. Deux études sérieuses peuvent différer d'un facteur 2 à 5 sur le même matériau sans qu'aucune soit fausse 1. Nous donnons donc des ordres de grandeur, jamais des vérités au kilo près.
  2. La fin de vie est incertaine.Le bilan d'un bâtiment se joue sur des décennies, mais on ne sait pas aujourd'hui ce qu'on fera de ses matériaux dans cinquante ou cent ans : le bois sera-t-il brûlé, enfoui, réemployé, le béton concassé ou recyclé. Les hypothèses de fin de vie pèsent lourd et reposent sur des scénarios, pas sur des faits.
  3. L'avenir du puits forestier est ouvert.Le carbone stocké dans le bois n'a de sens que si la forêt repousse et reste un puits. Or ce puits recule en France, de l'ordre de 39 à 43 Mt CO2 par an, en baisse d'environ 38 à 50 %, avec une mortalité des arbres en forte hausse 3536. Compter le stock du bois suppose une forêt gérée durablement qui se reconstitue : une hypothèse, pas une certitude.
  4. L'effet rebond.Construire moins émetteur peut inciter à construire plus, ou plus grand, et annuler une partie du gain. Le mètre carré le plus bas carbone reste celui qu'on ne construit pas. Un outil qui n'optimise que le carbone par m2 ne voit pas cette question.
  5. Des données manquent, inégalement.Certaines familles ont peu de FDES : le réemploi, la terre crue, les filières locales et les matériaux régionaux. Les données de chantier et d'usage sont souvent des valeurs par défaut. Comparer du bien documenté à du mal documenté peut fausser le classement.
  6. Le carbone ne dit pas tout.Biodiversité, confort d'été, santé et qualité de l'air, coût social, entretien, réemployabilité future : autant de qualités que l'indicateur carbone ne capte pas, et qui décident pourtant de la valeur d'un bâtiment. Réduire un projet à son bilan carbone serait une autre façon de se tromper.
  7. Nos propres bâtiments ne sont pas encore mesurés.Nous optimisons le carbone dès la conception, mais nous n'avons pas encore mené de campagne de mesure ACV sur nos ouvrages livrés. Nous ne publions donc aucun chiffre de carbone par projet : seulement la composition de structure, bois et béton, que nous connaissons.
  8. Le simulateur travaille sur des familles génériques.Il ne connaît pas les produits réels ni leurs FDES, ne fait pas le métré et ne délivre aucune conformité. Il classe des partis et rend visibles les arbitrages ; il ne remplace pas une étude réglementaire.
  9. On connaît mieux le classement que le niveau exact.Le rang des solutions entre elles est robuste ; leur valeur au kilo près, non. C'est la seule chose qu'un outil grand public peut honnêtement montrer, et c'est pourquoi la jauge se lit comme une bande, pas comme un trait.

Section 12

Lexique

Les mots techniques de cette page, expliqués simplement et rangés dans l'ordre où l'idée se construit : d'abord le carbone et la façon de le mesurer, puis les matériaux et leurs propriétés, enfin la forêt, la terre, le ciment et la règle. Un repère à garder du début à la fin : un chiffre carbone n'est jamais unique. Il dépend toujours de l'unité (par mètre cube de matière ou par mètre carré de plancher) et du périmètre (la seule production, ou le cycle de vie entier). Deux études sérieuses peuvent différer d'un facteur 2 à 5 sur le même matériau sans qu'aucune soit fausse.

Déplier le lexique (41 termes)
Carbone incorporé

Le CO2 émis pour fabriquer, transporter et poser les matériaux d'un bâtiment, plus leur remplacement et leur fin de vie. C'est le carbone contenu dans la matière elle-même, par opposition au carbone dépensé pour chauffer et faire vivre le bâtiment ensuite. On l'appelle aussi carbone de construction.

Carbone opérationnel

Le CO2 des consommations d'un bâtiment en service : chauffage, refroidissement, eau chaude, ventilation, éclairage. À mesure qu'on l'abaisse (isolation, énergies propres), le carbone incorporé devient la part décisive du bilan. C'est le basculement qui rend cette page utile.

Carbone biogénique

Le CO2 qu'une plante a retiré de l'air en poussant et qui reste piégé dans la matière : le bois, mais aussi la paille ou le chanvre. Tant que la pièce de bois est en oeuvre, ce carbone n'est pas dans l'atmosphère. Un mètre cube de bois en stocke de l'ordre de 0,7 à 0,9 tonne de CO2 selon l'essence et la densité 14.

Stockage temporaire

Le carbone biogénique n'est pas piégé pour toujours : il repart dans l'air en fin de vie (combustion, décomposition), sauf réemploi ou valorisation en cascade. C'est donc un report d'émission dans le temps, pas une suppression. Le compter comme un gain définitif serait exagéré : c'est le coeur du débat sur le bois.

ACV (analyse de cycle de vie)

La méthode qui additionne les impacts d'un produit ou d'un bâtiment sur toute sa vie, de l'extraction de la matière jusqu'à sa fin de vie. C'est elle qui produit les chiffres de carbone de cette page. Son résultat dépend entièrement des données choisies et des frontières qu'on lui donne.

Unité fonctionnelle

La base de comparaison qu'une ACV se fixe : un mètre carré de mur, un mètre cube de matière, sur telle durée de vie. Comparer deux chiffres n'a de sens qu'à unité fonctionnelle identique. Confondre un carbone par mètre cube et un carbone par mètre carré est l'erreur la plus fréquente.

Modules A1-A3

Les trois premières étapes de l'ACV : extraction de la matière première (A1), transport jusqu'à l'usine (A2) et fabrication (A3). C'est le carbone de production, dit aussi carbone sortie d'usine. La plupart des chiffres comparatifs de cette page s'arrêtent ici, pour rester lisibles.

Modules A à D

Le cycle de vie complet, en quatre familles : production et chantier (A), vie et usage du bâtiment (B), fin de vie, démolition et traitement des déchets (C), et bénéfices ou charges au-delà, comme le réemploi ou l'énergie évitée (D). Un chiffre bois arrêté aux modules A flatte le bois, car il garde le stock sans compter son relâchement en fin de vie. Un bilan honnête va jusqu'aux modules C et D.

Énergie grise

L'énergie totale dépensée sur le cycle d'un matériau (extraction, fabrication, transport, fin de vie). C'est une cousine du carbone incorporé, mais elle mesure de l'énergie, pas du CO2. Les deux ne sont pas interchangeables : un chiffre d'énergie grise et un chiffre de carbone ne se comparent pas et ne s'additionnent pas.

ACV dynamique

Une variante d'ACV qui pondère chaque émission selon l'année où elle se produit : le CO2 évité aujourd'hui pèse plus que celui émis dans cinquante ans. Elle valorise donc le fait de stocker tôt et de relâcher tard, ce qui avantage les matériaux biosourcés. La RE2020 l'utilise en France ; d'autres cadres restent statiques, avec un seul chiffre.

FDES (fiche de déclaration environnementale et sanitaire)

La carte d'identité environnementale d'un produit de construction en France, vérifiée par un tiers. Elle donne son carbone étape par étape, sur une unité claire. C'est la donnée de référence dès qu'elle existe ; à défaut, on travaille sur des ordres de grandeur génériques.

INIES

La base de données publique française qui héberge les FDES des produits de construction. La RE2020 exige une FDES individuelle dans INIES pour reconnaître le stockage de carbone d'un produit bois. C'est là qu'on va chercher un chiffre fiable plutôt qu'une moyenne de catalogue.

Bois massif

Une pièce de bois sciée directement dans le tronc, sans colle : poteaux, poutres, planches, madriers. C'est le produit bois le moins chargé en carbone incorporé, car il évite le collage, le séchage poussé et l'usinage. Ses dimensions sont limitées par celles de l'arbre.

Lamellé-collé

Des lamelles de bois collées les unes sur les autres dans le même sens, pour former des poutres ou des poteaux plus grands et plus réguliers que le bois massif. Il franchit de grandes portées, mais la colle, le séchage et le pressage lui coûtent un peu plus de carbone incorporé que le bois scié brut.

CLT (bois lamellé croisé)

Des planches collées en couches croisées, à angle droit d'une couche à l'autre, formant de grands panneaux qui servent de murs et de planchers. Le croisement lui donne sa rigidité dans les deux sens. Comme le lamellé-collé, il est un peu plus carboné que le bois massif à cause de la colle et de la fabrication.

Ossature bois

Un mur porteur fait d'un squelette de montants et de traverses en bois, rempli d'isolant et fermé par des panneaux. C'est le système bois le plus léger et le plus courant en logement. Sa légèreté allège aussi les fondations, un avantage carbone indirect souvent oublié.

Portée

La distance qu'un plancher ou une poutre franchit d'un appui à l'autre sans point porteur au milieu. C'est le paramètre qui disqualifie le plus vite une solution : plus la portée grandit, plus il faut des sections épaisses, ou une autre technique. Une grande portée n'a d'ailleurs pas la même valeur pour un plancher bois et pour un plancher béton.

Section sacrificielle

La façon dont le bois résiste au feu : sa surface se carbonise à une vitesse connue et cette couche de charbon protège le coeur, qui garde sa résistance. On surdimensionne donc la pièce d'une épaisseur que l'on accepte de perdre, la section sacrificielle. Le bois brûle, mais il tient, de manière prévisible.

Classe d'emploi

Une échelle de 1 à 5 qui classe une pièce de bois selon son exposition à l'humidité, du bois sec toujours à l'abri (classe 1) au bois en contact permanent avec l'eau (classe 5). Elle commande le choix de l'essence et l'éventuel traitement. Placer un bois sous-classé au contact de l'eau, c'est le condamner.

Fluage

La déformation lente qui s'accumule dans un matériau sous une charge maintenue longtemps. Le bois flue davantage que le béton : une poutre bien dimensionnée le premier jour peut fléchir avec les années. On en tient compte sur les grandes portées et les planchers chargés.

Retrait

La variation de dimensions d'un matériau qui perd son eau. Le bois rétrécit en séchant, surtout en travers du fil, ce qui impose des assemblages qui laissent la matière travailler. Le béton se retire aussi en durcissant, d'où ses joints et ses fissures de retrait.

Substitution

L'idée qu'un matériau bas carbone remplaçant un matériau émetteur, comme le bois à la place du béton ou de l'acier, évite les émissions de ce dernier. L'effet est réel en moyenne, mais très dispersé selon le contexte, et une partie des chercheurs le juge surestimé. À manier avec prudence : ce n'est pas un chèque en blanc.

Facteur de déplacement

Le chiffre qui met la substitution en nombres : le carbone évité par unité de carbone contenue dans le bois. Les synthèses donnent une médiane d'environ 2,1 38 et une moyenne plus basse, autour de 1,2 39, avec une dispersion énorme et un risque de surestimation. Se méfier des facteurs élevés.

Dette carbone

Couper un arbre retire un puits qui aurait continué d'absorber du CO2 : il y a donc un décalage entre l'émission d'aujourd'hui et la recapture au fil de la repousse. Ce décalage est la dette carbone du bois. Son ampleur dépend de la gestion de la forêt et de l'usage du bois, structure durable ou combustible.

Temps de retour carbone

La durée qu'il faut à la forêt qui repousse pour compenser le carbone lié à la récolte. Les études l'estiment de 44 à 104 ans après une coupe rase, et jusqu'à 200 ans d'une étude à l'autre 33. Ce débat vise surtout le bois brûlé pour l'énergie, pas le bois de structure qui garde son carbone des décennies.

Puits de carbone

Un milieu qui absorbe plus de CO2 qu'il n'en émet, comme une forêt en croissance. L'inverse est une source. Une forêt peut basculer de puits à source si la mortalité et la récolte dépassent la croissance : c'est ce qui menace aujourd'hui le puits forestier français.

Sylviculture

La culture et la gestion des forêts : plantation, éclaircies, coupes, régénération, choix des essences. C'est elle qui décide si une forêt reste un puits et si le bois prélevé est vraiment renouvelable. Compter le stock du bois suppose une sylviculture durable qui se reconstitue, une hypothèse et non une certitude.

Coupe rase

L'abattage en une seule fois de tous les arbres d'une parcelle. C'est la pratique autour de laquelle se joue le débat de la dette carbone, car elle vide le puits d'un coup et fait dépendre le bilan de la vitesse de repousse. À distinguer d'une gestion qui prélève par éclaircies successives.

Terre crue

De la terre mise en oeuvre humide puis séchée à l'air, sans cuisson. Son carbone de production est quasi nul, mais elle porte peu, craint l'eau liquide et se met en oeuvre lentement. Excellente en remplissage, cloison, mur intérieur inertiel et enduit, prudente en porteur, et toujours à réserver au bon contexte.

Pisé

De la terre crue humide damée dans un coffrage, montée en murs épais. Très sobre en carbone, il apporte de l'inertie et régule l'humidité, mais reste lent à mettre en oeuvre et sensible à l'eau en pied de mur. La règle ancienne le résume : de bonnes bottes et un bon chapeau, soubassement et débord de toit.

Adobe

Une brique de terre crue moulée puis séchée au soleil, sans four. C'est l'une des formes de terre crue les plus sobres en carbone. Comme tout le cru, elle porte peu et demande d'être tenue à l'écart de l'eau.

BTC (bloc de terre comprimée)

Une brique de terre crue pressée mécaniquement, plus dense et plus régulière que l'adobe moulé à la main. La compression améliore sa tenue, sans jamais atteindre celle d'un matériau cuit. Elle reste de la terre crue : peu de carbone, mais une capacité porteuse et une résistance à l'eau limitées.

Clinker

Le composant du ciment qui coûte le carbone, obtenu en chauffant du calcaire vers 1450 degrés. Le ciment courant en contient la majeure partie. On mesure sa proportion par le facteur clinker, principal levier de réduction : plus il est bas, moins le béton est carboné.

Décarbonatation

La réaction chimique par laquelle le calcaire chauffé se transforme en chaux en libérant du CO2, étape obligée de la fabrication du ciment. Elle pèse environ deux tiers des émissions de l'usine et reste inévitable, même avec un four propre. C'est pourquoi construire en béton ne peut pas être neutralisé par la seule énergie renouvelable.

Béton bas carbone

Un béton dont on a réduit le carbone en abaissant la part de clinker ou en changeant de liant. Le terme est autant commercial que technique et recouvre plusieurs niveaux : on annonce de l'ordre de 30 à 50 pour cent de réduction, sans qu'il garantisse une valeur unique. Toujours demander le chiffre et son périmètre.

LC3

Un ciment qui remplace une partie du clinker par de l'argile calcinée et du calcaire. Il réduit le carbone d'environ 30 à 40 pour cent, avec un atout décisif : l'argile est largement disponible là où la demande de ciment croît le plus, contrairement au laitier et aux cendres qui se raréfient.

Carbonatation

En service, le béton réabsorbe lentement une partie du CO2 relâché par la décarbonatation. Une étude l'estime à environ 43 pour cent du CO2 de procédé compensé sur plusieurs décennies 25, mais le chiffre est contesté : il s'étale dans le temps et ne doit pas servir à minimiser l'empreinte au moment de construire.

RE2020

La réglementation environnementale des bâtiments neufs en France. Pour le carbone, elle plafonne l'empreinte de la construction et la resserre par paliers, ce qui rend le choix de la structure de plus en plus décisif. C'est un objet réglementaire vivant, dont les seuils et le calendrier évoluent.

Ic construction

L'indicateur de la RE2020 qui mesure le carbone incorporé d'un bâtiment, rapporté au mètre carré, hors énergie d'exploitation. Ses seuils se resserrent par jalons successifs, de l'ordre de 640 vers 300 kg CO2 eq par mètre carré 1. Plus le seuil baisse, plus le lot structure devient déterminant.

Préfabrication

Fabriquer les éléments en atelier plutôt que sur le chantier. En maîtrisant l'humidité et les assemblages, elle réduit les délais d'environ 30 à 40 pour cent, les déchets, le bruit et les rebuts. C'est un atout classique de la construction bois, mais pas une exclusivité du bois.

Réemploi

Réutiliser un élément existant tel quel dans un nouveau projet, sans le refabriquer. Son carbone est très bas, car il évite une production neuve, et il prolonge la vie de la matière. Le mètre carré le plus bas carbone reste celui qu'on ne construit pas : sobriété, réhabilitation, réemploi.

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Références

Déplier les références (40)
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  6. Shigeru Ban Architects, « Tamedia New Office Building », 2013. https://shigerubanarchitects.com/works/cultural/tamedia-new-office-building/
  7. Korb + Associates Architects et Thornton Tomasetti, « Ascent MKE, Milwaukee » (86,6 m, 25 étages, ouverte en 2022 ; socle et noyaux béton, structure bois CLT et lamellé-collé ; plus haute tour bois-hybride du monde selon le CTBUH), 2022. https://www.dezeen.com/2022/08/03/ascent-tower-milwaukee-worlds-tallest-timber-building/
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  9. RLP Rüdiger Lainer + Partner, « HoHo Wien, Vienne » (84 m, 24 étages, 2019 ; hybride, noyau béton et volumes bois, environ 75 % de surfaces en bois), consulté 2026. https://archello.com/project/hoho-wien
  10. Wikipédia et Jean-Paul Viguier et Associés, « Tour Hypérion, Bordeaux » (55 m, 16 niveaux, livrée en juin 2021 ; plus haute construction bois résidentielle de France), consulté 2026. https://fr.wikipedia.org/wiki/Tour_Hyp%C3%A9rion
  11. KOZ Architectes et ASP Architecture, « Sensations, Strasbourg » (38 m, R+11, 146 logements, 2019 ; structure 100 % bois sur socle béton), consulté 2026. https://koz.fr/sensations/
  12. ADIVbois (Association pour le Développement des Immeubles à Vivre Bois), « Immeubles à Vivre Bois : démonstrateurs » (programme national lancé en 2015, démonstrateurs de moyenne et grande hauteur), consulté 2026. https://www.adivbois.org/immeubles-a-vivre-bois/
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  28. Wienerberger, « Nouvelle fiche FDES pour les briques bas carbone Porotherm » (base INIES ; ~26,6 vers 18,3 kg CO2 eq/m2), consulté 2026. https://www.wienerberger.fr/autre/news/nouvelle-fiche-fdes-pour-briques-bas-carbone-porotherm.html
  29. amaco, « RE 2020 : 4 nouvelles fiches environnementales FDES pour la filière terre » (plaque terre extrudée ~1,58 kg CO2 eq/m2 ; enduit ~0,24), 2022. https://amaco.org/re-2020-4-nouvelles-fiches-environnementales-fdes-pour-la-filiere-terre/
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  32. EASAC (European Academies Science Advisory Council), « The EU's renewable energy ambitions: bioenergy from forests is not always carbon neutral », 2017. https://easac.eu/media-room/press-releases/details/the-eu-s-renewable-energy-ambitions-bioenergy-from-forests-is-not-always-carbon-neutral-and-may-even-increase-the-eu-s-carbon-emissions
  33. Ter-Mikaelian, M. T. et al., « Carbon debt repayment or carbon sequestration parity? », GCB Bioenergy, 2015. https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/gcbb.12198
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  35. IGN (Institut national de l'information géographique et forestière), « Mémento 2024 de l'inventaire forestier national », 2024. https://www.ign.fr/espace-presse/memento-2024
  36. IGN, « Résultats 2025 de l'inventaire forestier national » (puits ~39 Mt CO2/an sur 2015-2023 contre ~63 Mt/an sur 2005-2013), 2025. https://www.ign.fr/institut/espace-presse/decouvrez-les-resultats-2025-de-linventaire-forestier-national
  37. Peng, L. et al., « The carbon costs of global wood harvests », Nature, 2023. https://www.nature.com/articles/s41586-023-06187-1
  38. Sathre, R. et O'Connor, J., « Meta-analysis of greenhouse gas displacement factors of wood product substitution », Environmental Science and Policy 13(2), 104-114, 2010. https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1462901109001804
  39. Leskinen, P. et al., « Substitution effects of wood-based products in climate change mitigation », From Science to Policy 7, European Forest Institute, 2018. https://efi.int/sites/default/files/files/publication-bank/2019/efi_fstp_7_2018.pdf
  40. Harmon, M. E., « Have product substitution carbon benefits been overestimated? », Environmental Research Letters 14(6), 065008, 2019. https://iopscience.iop.org/article/10.1088/1748-9326/ab1e95

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