Six tours à vent de brique claire dressées au-dessus des toits en terrasse de la vieille ville de Yazd, en Iran, sous un ciel sans nuage.

OXO Architectes, expertise

Architecture bioclimatique

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Photo : Diego Delso, delso.photo, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0, image redimensionnée et convertie en WebP, sans recadrage.

Section 01

Une approche, pas une science exacte

L'architecture bioclimatique consiste à faire travailler le climat d'un lieu à la place des machines : l'orientation, l'ombre, la masse, la fenêtre qu'on ouvre la nuit. C'est une approche, pas une science exacte.

Nous l'écrivons d'emblée parce que c'est la chose la plus utile que nous puissions dire. Les études sérieuses se contredisent. Les mêmes logements, mesurés le même été, passent de 88 % en surchauffe à 71 % trop frais selon le critère retenu 1. Et le facteur le plus lourd de tous n'est pas dans le mur : il est dans le geste d'un habitant à onze heures du soir.

Cela ne veut pas dire qu'on ne sait rien. Cela veut dire qu'on connaît un ordre plutôt qu'un chiffre, et que dans ces conditions l'intuition, l'expérimentation et la sensibilité aux usages passent avant le calcul. Le calcul vient après, pour vérifier, et parfois pour dire non.

Cette page raconte d'abord le problème, puis ce que d'autres ont trouvé avant nous, puis pourquoi c'est difficile. Notre point de vue vient à la fin.

Ruelle étroite derrière Boat Quay à Singapour, dont les façades sont entièrement couvertes de groupes extérieurs de climatisation empilés.
Singapour, derrière Boat Quay. La réponse contemporaine, en une image : la chaleur n’est pas supprimée, elle est déplacée dans la rue.Photo : kallerna, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0, image redimensionnée et convertie en WebP, sans recadrage.

Section 02

De quoi parle-t-on quand on parle de chaleur

Première évidence fausse : ce que le corps ressent n'est pas la température de l'air. Il ressent aussi le rayonnement des parois, c'est-à-dire la chaleur que les murs et surtout le vitrage renvoient sur la peau, puis l'humidité, puis le mouvement de l'air. Les normes travaillent d'ailleurs sur une grandeur composite, la température opérative, moyenne de l'air et du rayonnement 2 : dans une pièce très vitrée et non protégée en fin d'après-midi, elle est nettement au-dessus de ce qu'affiche un thermomètre. Une pièce peut donc être « à 27 degrés » et invivable, une autre « à 27 degrés » et supportable.

Mur-rideau entièrement vitré d’un immeuble de bureaux, dont les panneaux réfléchissent le lever de soleil en orange vif.
Mur-rideau tout verre réfléchissant le lever de soleil, immeuble de bureaux, Québec.Photo : Wilfredor, Wikimedia Commons, CC0 1.0.

Deuxième évidence fausse : il existerait un seuil. La campagne française de référence a suivi 76 logements collectifs pendant quatre mois, avec des ressentis déclarés trois fois par jour 3. Elle donne des seuils empiriques : confort vers 25 degrés, début de l'inconfort à 26, fort inconfort à partir de 28. Elle donne surtout la dispersion : pour chaque niveau de confort, 80 % des réponses se situent dans un intervalle d'environ 4,5 degrés 3. Dans le même logement, à température identique, l'écart entre deux personnes est plus grand que l'écart entre un bon et un mauvais projet. (CSTB et Union sociale pour l'habitat, projet RENOPTIM, 2025.)

La tolérance se déplace aussi dans le temps. C'est le confort adaptatif : après une semaine douce, 27 degrés paraissent beaucoup ; après dix jours de canicule, supportables. La réglementation française en tient compte, mais elle borne la chose de deux façons instructives : elle plafonne l'adaptation à deux degrés, et elle ne l'applique pas la nuit 2. Parce que s'adapter suppose de pouvoir agir, et qu'on n'agit pas en dormant, ni quand on a quatre-vingts ans et qu'on ne sort plus.

D'où le point le plus déstabilisant : le résultat dépend du critère autant que du bâtiment. Sur 282 logements de Leicester mesurés le même été, 88 % des chambres sont classées en surchauffe sévère selon un critère à seuil fixe, et 71 % jugées inconfortablement froides selon un critère adaptatif 1. (Lomas et Kane, 2013.) Toute phrase de la forme « X % des logements surchauffent » est indissociable de son critère.

Diagramme 8
Le seuil de confort selon la temperature des jours precedents, et l’effet du critere retenuA gauche, un graphique dont l’axe horizontal est la temperature des jours precedents, sans echelle, et l’axe vertical le seuil de confort retenu, gradue de 24 a 30 degres. Une ligne noire part de 26 degres quand les jours d’avant ont ete frais, monte jusqu’a 28 degres, puis devient horizontale : c’est le plafond d’adaptation de 2 degres. Une ligne terre cuite en tirets reste plate a 26 degres sur toute la largeur, car la nuit aucune adaptation n’est admise. A droite, deux paires de barres montrent que les memes logements, mesures une seule fois, donnent des resultats opposes selon le critere retenu : a Leicester, 88 pour cent des chambres sont severement en surchauffe au critere statique et 71 pour cent sont inconfortablement froides au critere adaptatif ; sur 591 chambres anglaises, la surchauffe touche 69 pour cent au seuil de 26 degres et 23 pour cent aux seuils de 27 et 28 degres. La courbe du confort adaptatifCe que l’on accepte dépend de ce que l’on a vécu les jours d’avant. Mais l’adaptation a une limite,et elle s’arrête quand on dort.24 °C26 °C28 °C30 °Cjours d’avant fraisjours d’avant chaudsTempérature des jours précédentsSeuil de confort retenuplafond : + 2 °CLe jour, de 7 h à 22 hLa nuit, aucune adaptationLa règle française dit les deux choses à la fois : le seuil se relève quandles jours précédents ont été chauds, et il ne se relève jamais de plus de2 °C, et jamais la nuit. Parce qu’on ne s’adapte pas en dormant : ni levêtement, ni l’ouverture des baies, ni le déplacement ne sont disponibles.Et pourquoi un seuil fixe ne veut rien direLes mêmes logements, mesurés une seule fois,lus avec deux critères différents.230 logements de Leicester, été 200988 %chambres sévèrement en surchauffe, critère statique CIBSE71 %chambres inconfortablement froides, critère adaptatif EN 15251591 chambres anglaises, été 201869 %surchauffe au seuil de 26 °C23 %surchauffe aux seuils de 27 et 28 °CLe même bâtiment est donc invivable ou trop frais selon laligne que l’on trace. Le critère fait le résultat. C’est uneraison de prévoir de la marge, pas de renoncer au calcul :il n’existe pas d’autre moyen d’évaluer un projet avantqu’il ne soit construit.Lecture : la température acceptable n’est pas une propriété du corps humain, c’est une propriété de son histoire récente. Un seuil uniquegravé dans une règle ne peut donc pas être juste partout, et un seuil adaptatif sans plafond ne peut pas être juste la nuit.Sources : Guide RE 2020 du ministère de la Transition écologique, version du 16 mai 2025, pages 62 à 64, cité mot à mot pour le plafond de 2 °C, laplage de 26 à 28 °C, la période de jour de 7 h à 22 h et la non-application de l’adaptation la nuit. Lomas et Kane (2013), Building Research andInformation 41(3), pour les 230 logements de Leicester. Lomas et Li (2023) pour les 591 chambres. L’axe horizontal est sans échelle : seuls leplafond de 2 °C et les deux bornes de 26 et 28 °C sont des valeurs sourcées.
La température acceptable dépend de ce qu’on a vécu les jours d’avant. La règle française le reconnaît, et le borne : jamais plus de 2 °C, jamais la nuit. Et les mêmes logements passent de sévèrement en surchauffe à inconfortablement froids selon le critère retenu. 2 1

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Reste la question qui décide de tout : pourquoi la nuit compte plus que le jour.

Parce que c'est la nuit que le corps récupère, et la nuit que le bâtiment se vide. Une étude cas-témoins sur la canicule parisienne d'août 2003 a comparé 241 personnes décédées et 241 témoins : la température minimale nocturne du voisinage est significativement associée au décès, avec un rapport de cotes de 2,17 pour 0,41 degré d'écart, alors que la température moyenne jour et nuit ne l'est pas 4. (Laaidi et al., 2012.) Une seconde étude sur la même canicule ajoute la conséquence architecturale : avoir sa chambre sous les combles multiplie par quatre le risque de décès 5. (Vandentorren et al., 2006.)

Le problème du confort d'été n'est donc pas qu'il fasse chaud à quinze heures. C'est que la pièce ne redescende pas la nuit.

Graphique 1
Le graphique en ciseaux : chauffage et refroidissement en France depuis 1980 Deux courbes en indice base 100 calee sur la moyenne des annees 1980. Le besoin de chauffage descend regulierement jusqu a 82. Le besoin de refroidissement monte jusqu a 327, soit plus de trois fois son niveau de depart. Les deux courbes s ecartent comme les branches d une paire de ciseaux. Le graphique en ciseaux France, 1980 à 2025. Le besoin de chauffage recule lentement pendant que le besoin de refroidissement est multiplié par trois. 0 100 200 300 Indice, base 100 = moyenne des années 1980 à 1989 Niveau des années 1980 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2015 2020 2025 Cinq étés dépassent le haut du cadre : 2003, 2019, 2022, 2023 et 2025. Chauffage -18 % Refroidissement x 3,3 Valeur de chaque année Moyenne glissante sur 10 ans Lecture : 2 697 degrés-jours de chauffage dans les années 1980, 2 215 sur les dix dernières années. Refroidissement : 22,6 puis 73,8. Source : Eurostat, jeu nrg_chdd_a, degrés-jours de chauffage et de refroidissement, France, 1980 à 2025 (mise à jour du 8 mai 2026).
Le besoin de chauffage recule lentement, le besoin de refroidissement est multiplié par trois. Deux mouvements, une seule échelle. 6

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Graphique 2
Nombre de jours de vague de chaleur par an en France, 1947 à 2025 Histogramme annuel. De 1947 a 1988, seuls huit etes sur quarante deux comptent au moins un jour de vague de chaleur, et la plupart des barres sont a zero. A partir de 1989 les barres deviennent presque continues, avec vingt cinq etes concernes sur trente sept. Les deux plus hautes barres sont 2022 avec trente trois jours et 2025 avec vingt sept jours. Les vagues de chaleur ne sont plus des accidents France métropolitaine, nombre de jours de vague de chaleur par an, 1947 à 2025. 10 20 30 Jours par an Les deux records : 2022, 33 jours. 2025, 27 jours. 1950 1960 1970 1980 1990 2000 2010 2020 2025 1947 à 1988 : 8 étés sur 42 concernés 77 jours de vague de chaleur en 42 ans 1989 à 2025 : 25 étés sur 37 concernés 300 jours de vague de chaleur en 37 ans Lecture : 1,8 jour par an en moyenne de 1947 à 1976, 8,7 jours par an de 1996 à 2025. Un trait bas signale une année sans aucune vague de chaleur. Source : Météo-France, indicateur national de vagues de chaleur, France métropolitaine, 1947 à 2025.
Ce qui était un accident tous les dix ans est devenu une saison presque annuelle. 7

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Section 03

Ce que l'humanité avait déjà trouvé

Avant les machines, des siècles de bâtisseurs ont traité ce problème sans ingénieur et sans électricité. Le fil commun est contre-intuitif : aucun de ces dispositifs ne fabrique du froid. Ils déplacent la chaleur dans le temps, ils en écrasent l'amplitude, ou ils l'interceptent avant qu'elle n'entre. La tour à vent en est l'exemple le plus mal raconté : sur un badgir de Kashan, l'air entrant est à 17 degrés à trois heures du matin et 34 degrés à quinze heures, c'est-à-dire la température extérieure 8. Le rafraîchissement venait de l'eau du qanat en sous-sol, pas de la tour. (Hejazi et Hejazi, 2012.)

Pavillon du jardin de Dowlatabad à Yazd, surmonté d’une tour à vent octogonale d’une trentaine de mètres, devant un bassin.
Dowlatabad, Yazd. Une très haute tour à vent au-dessus d’un bassin : l’air arrive frais et humide.Photo : Bernard Gagnon, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0, image redimensionnée et convertie en WebP, sans recadrage.
Diagramme 1
Coupe de principe d’une tour a vent persane et de son sous-solCoupe verticale au trait. A gauche, trois fleches vertes figurent le vent dominant qui arrive sur la tete de la tour. La tour, hachuree, depasse de la toiture et est divisee en deux conduits par un refend central. Le vent est capte a l’etape 1, descend le conduit de gauche a l’etape 2, atteint un sous-sol appele sardab ou il passe au-dessus d’un bassin alimente par un qanat a l’etape 3, traverse la piece, puis ressort par le conduit de droite a l’etape 4. Une colonne de texte a droite rappelle les mesures publiees : une tour seche ne fait pas varier la temperature de plus de 0,5 degre et l’air entrant suit la temperature exterieure de 17 a 34 degres ; couplee a un bassin, l’installation economise 52 pour cent d’energie estivale mais ajoute 14 pour cent d’humidite relative ; le tirage s’inverse sous 3 metres par seconde de vent. Comment marche un badgirTour à vent persane, en coupe. Le dispositif capte le vent en hauteur, le fait descendre,le met au contact de l’eau et de la masse, puis l’évacue.Le sardab, la pièce basse, et son bassin alimenté par le qanatVent dominantLa pièce1Capter2Descendre3Refroidir au contactde l’eau et de la masse4ÉvacuerCe que mesurent les étudesTour sèche, sans eauL’air entrant suit la températureextérieure : 17 °C à 3 h, 34 °C à 15 h.Entre toutes les hauteurs, vitesseset incidences testées, l’écart nedépasse pas 0,5 °C. C’est unventilateur, pas un climatiseur.Avec le bassinSalle de classe au Koweït, modèlecalibré sur mesures : 52 % d’énergieestivale en moins, 76 à 100 % desheures en confort. Contrepartie :14 % d’humidité relative en plus.Le seuil qui décide de toutVent extérieur de 5 m/s : environ1 m/s dans le conduit. Sous 3 m/s,la chaleur de la tour inversele tirage et le dispositif s’arrête.Trajet de l’airMasse accessibleEauLecture : ce n’est pas la tour qui refroidit, c’est l’eau. Sans bassin ni qanat, le badgir déplace de l’air, et rien d’autre.Sources : Hejazi et Hejazi (2012), WIT Transactions on Ecology and the Environment 165, 197-207, modèle analytique et thermique d’un badgir sec deKashan. Ghadiri, Ibrahim et Aayani, actes ANZAScA, calcul CFD sur une tour de 8,5 m à Yazd ; le seuil de 3 m/s est une règle de l’art posée par lesauteurs, pas une mesure. Saif, Wright, Khattak et Elfadli (2021), Buildings 11(3), 100, modèle calibré sur des données de terrain. Coupe deprincipe, sans échelle.
Une tour à vent capte le vent en hauteur, le fait descendre, le met au contact de l’eau et de la masse, puis l’évacue. Les mesures publiées sont plus modestes que la légende : sèche, la tour ne fait pas varier la température de plus de 0,5 °C. C’est l’eau qui refroidit, pas la tour. 8

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Le troglodyte le dit autrement : au site creusé de Meymand, l'écart de température moyenne avec l'extérieur n'est que de 1,6 degré, mais l'écart-type tombe de 2,73 degrés à 0,40 9. C'est le lissage, pas la baisse, qui fait l'habitabilité.

Maison berbère de Matmata en Tunisie : une cour circulaire creusée dans le sol, autour de laquelle s’ouvrent les pièces excavées.
Matmata, Tunisie. La cour est creusée, pas construite : elle apporte lumière et air sans exposer de façade au soleil.Photo : Bernard Gagnon, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0, image redimensionnée et convertie en WebP, sans recadrage.
Vue transversale du Patio de la Acequia au Generalife de Grenade : bassin central, végétation basse et murs blancs sous un ciel bleu.
Generalife, Grenade. Le rapport de la hauteur à la largeur maintient une partie du sol à l’ombre toute la journée.Photo : Jebulon, Wikimedia Commons, CC0 1.0.
Diagramme 2
Deux cours de proportions differentes comparees en coupeDeux coupes cote a cote. A gauche, une cour large et basse dont le rapport hauteur sur largeur vaut 0,5 : le rayon solaire, en tirets terre cuite, atteint le fond de la cour et l’ombre portee ne couvre qu’une petite part du sol. A droite, une cour etroite et haute de rapport 2,0 : le rayon est intercepte par le batiment et l’ombre couvre presque tout le sol. Dans les deux cours, des bandes vertes horizontales figurent la stratification de l’air, la plus foncee et la plus fraiche en bas ; elles sont nettement plus marquees dans la cour etroite. Chaque cour contient un arbre et un bassin qui evaporent, et une fleche verte montante figure la decharge nocturne par rayonnement vers le ciel. Le texte conclut que la cour large eclaire bien et rafraichit peu, et que la cour etroite fait l’inverse. Comment marche un patio, et pourquoi sa proportion décide de toutDeux cours de même surface au sol, à la même heure, sous un soleil à 45°. Seule la proportion change.Coupe de principe, sans échelle : seule la construction de l’ombre est exacte.hauteur / largeur = 0.5Cour large et basseLa moitié du sol reçoit le soleil directhauteur / largeur = 2.0Cour étroite et hauteLe soleil n’atteint que le haut du murL’air chaud reste brassé, et la courminérale stocke le jour puis restituele soir. Elle éclaire bien,elle rafraîchit peu.L’air frais et dense s’accumule en bas,la plantation et le bassin évaporent,la cour rayonne vers le ciel la nuit.Elle rafraîchit bien, elle éclaire peu.Air le plus fraisSurface au soleilRayon solaireMasse bâtieDécharge nocturneLecture : ce n’est pas d’avoir une cour qui rafraîchit, c’est sa proportion. Et la fraîcheur se paie en lumière du jour : c’est un arbitrage, pas un gain net.Diagramme de principe : proportions, teintes et ombres sont qualitatives, sans échelle. Les campagnes de mesure sur les cours de Cordoue et deSéville existent et sont menées par des équipes reconnues, mais le dossier de recherche n’a pas pu les certifier à la source : aucun écart detempérature n’est donc chiffré ici. Le chiffre de 10 à 15 °C qui circule sur les patios de Cordoue provient d’un site touristique qui ne cite aucuneétude, et il est écarté.
Deux cours de même surface, à la même heure : seule la proportion change, et elle change tout. La cour étroite s’auto-ombrage, stratifie l’air frais en bas, évapore et se décharge la nuit. Elle rafraîchit mieux et elle éclaire moins. Avoir une cour ne suffit pas : c’est sa proportion qui décide.

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Le Maroc l'a écrit en terre, à l'échelle d'un village entier. Le ksar d'Aït Ben Haddou, sur la vallée de l'Ounila, entre le Haut Atlas et le désert, est bâti tout entier en terre crue : pisé pour les murs, briques d'adobe pour les parties hautes, bois pour les planchers. Il est inscrit au patrimoine mondial depuis 1987 10. Le climat y est traité par trois choses à la fois. La matière : des murs épais qui donnent l'inertie, celle qui lisse la journée. La densité : des maisons adossées les unes aux autres, des ruelles étroites, couvertes par endroits, où chaque façade met l'autre à l'ombre. L'exposition : un village adossé à sa colline et tourné vers la vallée, qui se protège des vents chauds chargés de sable. À Fès, la même logique entre dans la maison : la dar s'organise autour d'un patio étroit et haut, ouvert au ciel, qui garde l'air frais de la nuit et met la maison à l'ombre d'elle-même ; les moucharabiehs filtrent le soleil et les regards. Aucun de ces bâtiments n'a été instrumenté dans une publication que nous ayons trouvée : c'est le récit d'une architecture qui a tenu des siècles dans un climat rude, pas une mesure.

Le ksar d’Aït Ben Haddou vu du lit de la rivière : des maisons de terre serrées sur la pente, des tours, des palmiers au pied du village, un ciel bleu.
Ksar d’Aït Ben Haddou, vallée de l’Ounila, Maroc. Terre crue, maisons serrées, ruelles à l’ombre : la matière, la densité et l’exposition font le climat.Photo : Petar Milošević, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0, image redimensionnée et convertie en WebP, sans recadrage.
Patio d’une maison de Fès : orangers, fontaine et bassin de zellige au centre, murs carrelés, portes en arc autour de la cour ouverte au ciel.
Patio d’une maison de la médina de Fès, Maroc (Riad Belghazi). Étroit, haut, ouvert au ciel et planté : la maison se met à l’ombre d’elle-même.Photo : R Prazeres, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0, image redimensionnée et convertie en WebP, sans recadrage.

L'écran perforé, le moucharabieh, dit la chose la plus directement utile. Placé devant la fenêtre et non derrière, il arrête le soleil avant qu'il n'ait franchi le verre. L'équivalent contemporain est chiffré : un store extérieur laisse passer un facteur solaire total de 0,05 sur un double vitrage, contre 0,43 pour le même store posé à l'intérieur 11. Un facteur huit, pour vingt centimètres de déplacement. Et à consommation égale, la part de vitrage en façade passe de 4 % avec une fenêtre nue à 22 % avec un écran extérieur : c'est la protection extérieure qui rend le grand vitrage soutenable, pas le vitrage performant 12. (Sherif et al., 2012.)

Moucharabieh en saillie sur un mur de pierre au Caire : un grand coffre de bois tourné et sculpté, en encorbellement au-dessus d’un portail.
Maison Al-Sadat, Le Caire. Le moucharabieh filtre le soleil, laisse passer l’air, protège le regard : un seul élément, quatre fonctions. Vu de la rue, c’est un meuble accroché au mur.Photo : Dr.EOMR, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0, image redimensionnée et convertie en WebP, sans recadrage.

Vient le contrepoint, et il n'est pas négociable.

L'inertie n'est pas de la résistance. C'est la confusion la plus répandue du sujet. Une masse lourde ne freine pas la chaleur : elle en étale l'arrivée dans le temps. La campagne française de référence, sur une maison en pisé instrumentée de l'Isère, mesure six heures de déphasage, c'est-à-dire de décalage dans le temps, entre le pic extérieur et le pic dans le mur, pour 50 centimètres d'épaisseur : six heures, pas les dix à douze qu'on lit partout 13. Et la résistance thermique de ce mur est de 0,29 à 0,87 mètre carré-kelvin par watt, soit deux à trois centimètres et demi de laine minérale 13. Le seuil exigé aujourd'hui d'un mur rénové est de 3,7 14 : un facteur trois à dix. Les auteurs le formulent eux-mêmes : un mur de pisé est plus isolant qu'un mur de pierre ou de béton, mais on ne peut pas le qualifier d'isolant 13. (Heitz et al., 2015.) Un mur haussmannien de 50 centimètres de pierre vaut environ 0,3 ; un voile de béton de 20 centimètres, environ 0,10 13. Ces bâtiments ne sont pas isolants. Ils sont lents.

Angle d’un grand bâtiment industriel en pisé, murs de terre damée beige à lits horizontaux, toiture de tuiles.
Nivolas-Vermelle, Isère. Une usine de tissage en pisé : la terre crue n’est réservée ni à l’habitat modeste, ni aux pays chauds.Photo : Hélène Rival, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0, image redimensionnée et convertie en WebP, sans recadrage.
Détail rapproché d’un mur en pisé : lits de terre damée superposés, grains et cailloux visibles en surface.
La matière de près, à Sermentizon. Chaque lit correspond à une passe de terre damée dans le coffrage.Photo : Romary, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0, image redimensionnée et convertie en WebP, sans recadrage.
Diagramme 4
Effet de l’inertie sur l’onde de chaleur, sur une journee puis sur quatre joursDeux graphiques de principe sans echelle. A gauche, sur une journee, la courbe exterieure en terre cuite monte fort et culmine vers 15 heures ; la courbe interieure en noir, pour un mur lourd, est plus plate et culmine plus tard. Deux reperes verts nomment les deux effets : le decalage, mesure entre les deux pics, et l’ecretage, mesure entre les deux sommets. A droite, sur quatre jours de canicule, les deux courbes gardent le meme ecart mais leur niveau moyen monte regulierement de jour en jour : la masse continue d’ecreter, elle n’empeche pas le plateau de monter. Sous les graphiques, un bloc rappelle la mesure de reference sur deux maisons jumelles pendant la canicule d’aout 2015, soit 2,8 degres de moins en moyenne et 3,4 degres de moins a la pointe, avec un effet reste stable sur 14 jours parce que ces maisons pouvaient etre ventilees la nuit. Inertie : ce que la masse fait vraimentElle décale le pic et elle l’écrête. Elle ne fabrique pas de froid, et elle n’abaisse pas le plateauatteint quand la canicule dure. Courbes de principe, axes sans échelle.Une journée chaude0 h6 h12 h18 h24 hTempératuredécalageécrêtageQuatre jours de caniculejour 1jour 2jour 3jour 4les nuits ne redescendent plusL’écart entre dehors et dedans reste. Le plateau, lui, monte avec les nuits.DehorsDedans, mur lourdLe plancher des nuitsCe qui a été mesuré, et sur quoiDeux maisons réelles jumelles, identiques sauf leurs murs, ossaturelégère contre maçonnerie, pendant les 14 jours de la canicule d’août 2015 :2,8 °Cde moins en moyenne (± 0,34)3,4 °Cde moins au moment le plus chaudSur ces deux maisons, l’effet de la masse est resté stable pendant les14 jours : la masse ne s’est pas saturée. Mais ces maisons pouvaient êtreventilées la nuit. Ce qui sature une masse, ce n’est pas la durée de lacanicule, c’est l’impossibilité de la vider. C’est l’objet du diagramme suivant.Déphasage mesuré : 6 h pour un mur en pisé de 50 cm.Sources : Kuczynski et Staszczuk (2020), Energy 195:116984, mesure sur deux maisons jumelles à échelle réelle en climat tempéré. Heitz, Morel,Fabbri, Soudani, Champiré et Meunier (2015), ENTPE-CNRS, mesure in situ à Saint-Antoine-l’Abbaye pour le déphasage du pisé. Le dossier ne permet pasde chiffrer un déphasage générique de mur lourd : les valeurs de 10 à 12 h qui circulent sont des ordres de grandeur d’ingénierie, pas des mesurespubliées, et elles ne sont pas reprises ici. Les deux courbes sont des courbes de principe : ni l’axe des températures ni l’amplitude ne portentd’échelle.
La masse décale le pic et l’écrête. Elle ne fabrique pas de froid : quand la canicule dure et que les nuits montent, l’écart entre dehors et dedans se maintient mais le niveau monte. Mesure de référence : 2,8 °C de moins en moyenne et 3,4 °C à la pointe, sur deux maisons réelles jumelles. 15 13

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Et ces techniques marchaient dans leur climat, avec leur mode de vie. L'étude sur les écrans perforés annonce son propre domaine de validité, entre 14 et 40 degrés de latitude nord 12 : Paris est à 48,85. Le vent moyen parisien est de 3,2 mètres par seconde 16, tout juste le seuil de fonctionnement d'une tour à vent 17, et nos canicules, anticycloniques, sont le plus souvent peu ventées. Ces dispositifs supposaient enfin une maison habitée toute la journée, où quelqu'un ouvrait au bon moment. Le message n'est donc pas « revenons au vernaculaire », c'est : trions ce que la physique de 2050 valide encore.

Section 04

Le siècle qui a cru avoir résolu la question

Le vingtième siècle a inventé les outils modernes du contrôle solaire. Il les a inventés en se trompant d'abord, et c'est l'histoire la plus instructive de cette page.

L'échec fondateur. En 1933 ouvre à Paris la Cité de Refuge de l'Armée du Salut, de Le Corbusier et Pierre Jeanneret : un bâtiment entièrement scellé, sans une seule fenêtre ouvrante. L'air devait être fabriqué par une machine, derrière une façade sud en double vitrage parcouru d'air traité, le « mur neutralisant » mis au point avec l'ingénieur Gustave Lyon. Faute d'argent, ce dispositif n'a jamais été construit : le bâtiment reçoit un simple vitrage et un chauffage ordinaire, en gardant sa peau hermétique. Plus de mille mètres carrés de verre plein sud, sans ouvrant et sans protection solaire. Dès 1935, une décision de justice impose de percer une fenêtre par chambre sous quarante jours. Après la destruction du vitrage par une bombe en 1944, Le Corbusier place lui-même un brise-soleil devant les nouvelles menuiseries 181920.

La leçon vaut mot pour mot aujourd'hui : étanchéité, apports solaires et ventilation forment un système, et en retirer un membre transforme les deux autres en défaut. C'est le mécanisme des surchauffes de bâtiments performants, quatre-vingt-dix ans plus tard. Disons aussi ce que nous ignorons : aucune température mesurée n'a jamais été publiée sur ce bâtiment.

L'invention qui en sort. Le brise-soleil naît de là : arrêter le soleil avant qu'il ne traverse le verre, par une géométrie calculée pour la latitude et l'orientation. Alger en 1933, Rio en 1936, Marseille, puis Chandigarh 2122. À Rio, les architectes brésiliens conduits par Lúcio Costa, avec Oscar Niemeyer et Affonso Reidy, vont plus loin : ils rendent les lames orientables, manœuvrées à la main par engrenages et contrepoids 2324.

Façade nord du Palacio Gustavo Capanema à Rio de Janeiro : une trame de lames horizontales en fibrociment court sur toute la hauteur du bâtiment.
Palacio Gustavo Capanema, Rio de Janeiro, façade nord et ses brise-soleil orientables en fibrociment.Photo : Imagens AMB, Wikimedia Commons, domaine public.

Ce que ces bâtiments ont appris ensuite. Une lame fixe n'est optimale qu'à une orientation et une latitude, et elle est médiocre à l'est et à l'ouest, où le soleil est bas et rasant : c'est le cas parisien le plus difficile, où il faudrait près de quatre mètres de débord pour ombrer une baie toute hauteur en fin d'après-midi 25. Une lame massive en béton doit en outre être ventilée en face arrière, sans quoi elle stocke la chaleur du jour et la rerayonne le soir. À Chandigarh, on voit aujourd'hui des climatiseurs installés dans les loggias mêmes que le brise-soleil devait rendre inutiles 26.

Haute Cour de Chandigarh : un vaste portique de béton abrite la façade, devant trois piles peintes en vert, rouge et jaune.
Haute Cour du Pendjab et de l’Haryana, Chandigarh, Le Corbusier, brise-soleil.Photo : Aleksandr Zykov, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0, image redimensionnée et convertie en WebP, sans recadrage.
Vue panoramique du Palais de l’Assemblée de Chandigarh : long portique de béton, grand auvent incurvé et tour tronconique, devant un bassin.
Palais de l’Assemblée (Vidhan Sabha), Chandigarh, Le Corbusier, vue panoramique.Photo : duncid, Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0, image redimensionnée et convertie en WebP, sans recadrage.
Diagramme 3
Le meme debord de toiture compare dans trois situations solairesTrois coupes verticales identiques cote a cote, chacune avec un debord de 1,04 metre au-dessus d’une baie de 2,20 metres. A gauche, au Sud le 21 juin a midi, le soleil est a 64,6 degres, le rayon glisse le long de la facade et la baie est entierement a l’ombre, soit 100 pour cent. Au centre, au Sud le 21 decembre a midi, le soleil n’est plus qu’a 17,5 degres, il passe sous le debord et seuls 15 pour cent de la baie restent a l’ombre : le soleil d’hiver entre dans la piece, ce qui est l’effet recherche. A droite, a l’Ouest le 21 juin a 18 heures, l’angle de profil tombe a 35,8 degres, le rayon arrive presque de face et 34 pour cent seulement de la baie sont ombres ; il faudrait 3,05 metres de debord pour tout ombrer. Ce que fait un débord, et ce qu’il ne fait pasLe même débord de 1,04 m sur la même baie de 2,20 m, à Paris (48,85° N), à 18 h en heure légale d’été, soit 16 h en temps universel.Ce débord est exactement celui qui ombre la baie entière au Sud, à midi, au solstice d’été.Sud, 21 juin, midiLe rayon arrive presque à la verticale.64,6°1,04 m100 %de la baie à l’ombreLe débord suffit exactement.Le rayon glisse le longde la façade.Sud, 21 décembre, midiLe même débord, six mois plus tard.17,5°1,04 m15 %de la baie à l’ombreLe soleil d’hiver passe dessous etentre de 5,9 m dans la pièce.C’est voulu : le débord trieles saisons sans réglage.Ouest, 21 juin, 18 hLe rayon arrive presque de face.35,8°1,04 m34 %de la baie à l’ombreLe soleil entre de 2,0 m.Il faudrait 3,05 m de débordpour tout ombrer, et 4,50 mà 19 h. Le geste ne marche plus.Baie à l’ombreBaie au soleilRayon solaireMasse bâtieLecture : un débord horizontal ombre par le haut. Il trie les saisons au Sud tout seul, et il ne peut presque rien à l’Ouest en fin de journée.Géométrie solaire pour Paris, 48,85° N, équations NOAA. Les trois débords de référence, 1,04 m au Sud à midi au solstice, 3,05 m à l’Ouest à 18 h et4,50 m à 19 h pour une baie de 2,20 m, sont un calcul propre au dossier à partir de bases officielles, et non un résultat publié. Les parts de baieombrées affichées ici en découlent par simple construction géométrique, à la même échelle dans les trois panneaux.
Le même débord de 1,04 m ombre la baie entière au Sud à midi au solstice, laisse entrer 85 % du soleil d’hiver six mois plus tard, et ne peut presque rien à l’Ouest à 18 h. Un débord horizontal ombre par le haut : il trie les saisons sans réglage, et il échoue quand le rayon arrive de face. 25

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Et la lame mobile de Rio a transformé un problème de conception en problème de maintenance sur cinquante ans : la restauration engagée en 2014 a relevé l'oxydation des mécanismes et la chute de plusieurs plaques, et remis en état environ mille cent ensembles de menuiseries 23. Une protection mobile qui n'est plus manœuvrée devient une protection fixe mal orientée : c'est le mode de défaillance normal, pas l'exception. La bonne question n'est donc pas « est-ce que cela marche », c'est « qui l'entretiendra, dans trente ans, et avec quel budget ».

Plus dérangeant encore : New Gourna, le village que Hassan Fathy construit en Égypte de 1946 à 1952, était thermiquement juste, économe et célébré. Il est resté largement inhabité 2728. On peut avoir raison sur la physique et se tromper sur les gens.

Mosquée de New Gourna à Louxor : volumes de brique de terre crue enduits de clair, voûtes basses, coupole et minaret trapu.
Mosquée de New Gourna, Louxor, Hassan Fathy, voûtes et coupole en brique de terre.Photo : Marc Ryckaert, Wikimedia Commons, CC BY 3.0, image redimensionnée et convertie en WebP, sans recadrage.

Et un fait qu'il faut regarder en face. Aucun des bâtiments cités ici ne dispose de mesures thermiques publiées : ni la Cité de Refuge, ni Chandigarh, ni Rio, ni New Gourna. L'histoire de l'architecture bioclimatique est une histoire d'intentions et de récits, très peu une histoire de données. Ce n'est pas un reproche fait à ces architectes : c'est la raison pour laquelle le sérieux ne consiste pas à les imiter, mais à mesurer ce qu'on fait soi-même.

Section 05

Pourquoi ce n'est pas une science exacte

Voici la partie que nous aurions préféré ne pas écrire, et qui est la plus utile.

L'isolation pèse beaucoup moins qu'on ne le croit sur l'été. L'étude la plus large disponible a simulé 576 000 variantes de bâtiment pour isoler le poids de chaque paramètre. La performance des murs n'explique que 3,5 % de la variance de la durée de surchauffe et 2,9 % de sa sévérité : moins de 5 % dans le pire des cas. L'orientation, les protections solaires, la ventilation et les usages dominent très largement. Les auteurs ajoutent qu'ils trouvent peu de signe qu'augmenter l'isolation augmente la surchauffe, sauf lorsque ouvrir les fenêtres devient impossible 29. (Fosas et al., 2018.)

D'autres campagnes disent presque l'inverse, et elles sont aussi sérieuses. Sur 616 séjours et 591 chambres mesurés et pondérés au parc anglais, la prévalence de surchauffe en chambre passe de 17,9 % avec moins de 150 millimètres d'isolation de combles à 8,1 % au-delà : ici, l'isolation est mesurée comme protectrice 30. (Étude pour le ministère britannique de l'énergie, 2024.)

Diagramme 6
Le meme mur lourd isole par l’exterieur puis par l’interieur, en coupe horizontaleDeux coupes horizontales de mur cote a cote, avec les memes deux couches dans un ordre inverse. A gauche, l’isolation par l’exterieur : l’isolant, figure par un semis de petits cercles, est du cote du dehors, et le mur lourd hachure est du cote de la piece ; une fleche verte partant de la piece atteint la masse. A droite, l’isolation par l’interieur : le mur lourd est du cote du dehors et l’isolant du cote de la piece ; la fleche partant de la piece est terre cuite et bute sur un trait qui la bloque a l’isolant. Le verdict de gauche est que la masse travaille, celui de droite que la masse est neutralisee. Sous les coupes, un bloc donne l’ordre de grandeur reel : au maximum 2 degres d’ecart sur des maisons-test appariees, mais aucune difference en chambre et environ 1 degre en sejour des lors que les deux maisons sont ventilees la nuit et occultees le jour. La conclusion est que l’isolation par l’interieur n’est pas un interdit mais une perte de marge. L’isolation par l’intérieur coupe l’accès à la masseLe même mur lourd, le même isolant. Seul l’ordre des couches change,et il décide de ce que la pièce peut atteindre. Coupe horizontale de principe.Isolation par l’extérieurIsolantMur lourdDehorsLa pièceChaleurLa pièce atteintla masseLa masse travailleIsolation par l’intérieurMur lourdIsolantDehorsLa pièceChaleurElle s’arrêteà l’isolantLa masse est neutraliséeMur lourd, la masseIsolantÉchange entre la pièce et la masseChaleur extérieureEt maintenant l’ordre de grandeur réel, parce qu’il change la conclusion+ 2 °Cau maximum sur la température d’ambiance,sur des maisons-test appariées.aucunedifférence en chambre, et environ 1 °C en séjour, dès lors que les deuxmaisons sont ventilées la nuit et occultées le jour.Ce n’est donc pas un interdit, c’est une perte de marge. L’isolation par l’intérieur d’un mur plein retire au logement une sécuritépassive dont il aura besoin le jour où la ventilation nocturne ne sera plus possible. Et le portrait-robot du logement le plus chaudmesuré à Londres cumulait les trois : dernier étage, une seule chambre, isolé par l’intérieur.Sources : Taylor, McLeod, Petrou, Hopfe, Mavrogianni, Castaño-Rosa, Pelsmakers et Lomas (2023), Building and Environment 234:110154, qui rapportentles maisons-test appariées et concluent que les hausses les plus fortes viennent de l’étanchéité à l’air sans ventilation de compensation, et non del’isolation. Revue DESNZ 2024 : des combles isolés à 150 mm ou plus donnent 8,1 % de surchauffe contre 17,9 % en dessous, ce qui interdit de fairele procès général de l’isolation. Pathan, Mavrogianni, Summerfield, Oreszczyn et Davies (2017), Energy and Buildings, pour le logement le plus chauddu panel londonien. Coupe de principe : les épaisseurs dessinées ne sont pas à l’échelle.
Le même mur, le même isolant, l’ordre inverse : par l’extérieur la pièce atteint la masse, par l’intérieur elle s’arrête à l’isolant. L’écart mesuré reste modeste, jusqu’à 2 °C, et il disparaît presque entièrement dès lors qu’on ventile la nuit et qu’on occulte le jour. Ce n’est pas un interdit, c’est une perte de marge. 31

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Il faut aussi regarder qui signe. L'étude de référence la plus favorable à l'inertie est une analyse de cycle de vie sur cent ans, portant sur une maison anglaise déclinée en quatre poids de construction, de l'ossature bois au béton lourd. Les versions lourdes coûtent jusqu'à 15 % de carbone de construction en plus au départ, mais jusqu'à 17 % en moins sur tout le cycle, parce qu'elles repoussent l'année où l'on installe une climatisation 32. L'article est publié dans une revue à comité de lecture, sa méthode est explicite, et il est cosigné par l'association britannique du ciment et par l'organisme de promotion du béton. Cela ne le rend pas faux, cela oblige à lire ses hypothèses : le bénéfice suppose six renouvellements d'air par heure obtenus en ouvrant les fenêtres chaque fois que la pièce est trop chaude et que l'air du dehors est plus frais 32. Un occupant parfait, toutes les nuits, pendant cent ans. Les mesures de terrain disent que cet occupant n'existe pas. (Hacker et al., 2008.)

Sur le carbone, le choix de la source pèse plus que le choix constructif. L'écart entre une structure bois et une structure béton, pour un même bâtiment, varie fortement selon les données d'inventaire retenues. Le groupe international d'experts qui a comparé les études de cas le formule sans ambiguïté : les résultats de la construction bois sont considérablement affectés selon que l'on compte ou non le carbone stocké dans le matériau 33. (Agence internationale de l'énergie, programme EBC, annexe 57.)

Rien de tout cela ne dit qu'on ne sait rien. Cela dit que le niveau est incertain et que le classement est solide : d'une étude à l'autre, ce sont toujours les mêmes leviers qui arrivent en tête, l'orientation, la part et la place du vitrage, la protection solaire, la capacité à ventiler la nuit, et les usages. Le chiffre attaché à chacun bouge beaucoup ; leur ordre, presque pas. Une science jeune tâtonne, c'est normal, et ce n'est pas une excuse pour ne rien faire : on conçoit très bien sur une hiérarchie robuste. C'est en revanche une raison de ne jamais confondre un résultat de calcul avec une vérité.

Graphique 3
Geometrie du debord solaire : la meme casquette au Sud et a l Ouest Deux coupes verticales de la meme fenetre de deux metres vingt, avec le meme debord horizontal de un metre quatre au dessus. Au Sud, le 21 juin a midi solaire, le soleil est a soixante cinq degres, le rayon glisse le long de la facade et la baie est entierement a l ombre. A l Ouest, le meme jour a dix huit heures, le soleil est a trente six degres, il passe sous le debord et soixante six pour cent de la baie sont en plein soleil, avec une tache de soleil qui entre loin dans la piece. Une regle en bas compare les profondeurs de debord necessaires pour ombrer toute la baie : un metre quatre au Sud, trois metres six a dix huit heures a l Ouest, quatre metres cinquante deux a dix neuf heures et sept metres vingt quatre a vingt heures, a comparer aux cinq metres cinquante de profondeur de la piece. Le même débord ne vaut pas la même chose selon l’orientation Paris, 48,85 N. Baie de 2,20 m de haut, débord horizontal de 1,04 m posé au linteau, 21 juin. Façade Sud 21 juin, midi solaire. Soleil à 65°. Le rayon glisse le long de la façade. 65° 1,04 m Baie entièrement à l’ombre 21 décembre, soleil à 18° : il passe sous le débord et chauffe la pièce. Façade Ouest 21 juin, 18 h. Soleil à 36°. Le rayon frappe de plein fouet. 36° Le même 1,04 m 66 % de la baie en plein soleil La tache de soleil entre de 3 m dans la pièce. Intérieur Extérieur Profondeur de débord nécessaire pour ombrer toute la baie, au même moment de l’année Sud, midi solaire 1,04 m Ouest, 18 h 3,06 m Ouest, 19 h 4,52 m Ouest, 20 h 7,24 m Profondeur de la pièce 5,50 m Lecture : à l’Ouest, un débord horizontal cesse d’être un outil. Il y faut une protection verticale ou mobile. Source : géométrie solaire calculée pour Paris avec les équations NOAA, angle de profil. Profondeur de pièce du cas de référence OXO.
Pièce maîtresse : le même geste architectural protège au Sud et échoue à l’Ouest. 25

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Graphique 4
Irradiation par orientation a Paris : la quantite de soleil, puis le moment ou il arrive Premier bloc : quatre barres verticales donnant l irradiation de juillet sur un plan vertical a Paris. Est trois virgule trente deux, Ouest trois virgule vingt cinq, Sud trois virgule zero quatre, Nord un virgule soixante deux kilowattheures par metre carre et par jour. Le Sud recoit moins que l Est et que l Ouest. Second bloc : les memes apports de mai a septembre, ponderes par la temperature exterieure de chaque heure, en indice base cent egale Sud. Le Sud Ouest passe de cent un a cent trente et l Ouest de quatre vingt onze a cent dix huit, tandis que l Est chute de quatre vingt douze a quarante et un et le Sud Est de cent quatre a soixante quatre. Ce n’est pas la quantité de soleil qui compte, c’est le moment où il arrive A. Ce que reçoit chaque façade en juillet Kilowattheures par m² et par jour, plan vertical, Paris. 3,32 Est 3,25 Ouest 3,04 Sud 1,62 Nord Le Sud reçoit moins que l’Est et que l’Ouest. En cumul brut, l’orientation semble presque indifférente. B. Les mêmes apports, pondérés par la chaleur extérieure au même moment Indice, base 100 = Sud, cumul de mai à septembre. 0 50 100 Référence : Sud Sud-Ouest 101 130 Ouest 91 118 Sud 100 100 Sud-Est 104 64 Est 92 41 Nord 41 28 Cumul brut L’Ouest concentre 37 % de ses apports d’été entre 18 h et 22 h, quand le bâtiment est déjà saturé. L’Est en reçoit 60 % avant midi, quand il fait encore frais. Lecture : le cercle donne le cumul brut, la flèche mène à la valeur pondérée par la température extérieure de chaque heure. Source : reconstitution horaire OXO sur les données PVGIS SARAH-2, Paris 48,857 N 2,352 E, années 2011 à 2020.
La quantité de soleil ne dit rien. Le moment où il arrive dit tout. 34

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Section 06

La part que le calcul ne voit pas

Un occupant qui n'ouvre pas ses fenêtres la nuit annule le meilleur des projets. Ce n'est pas une formule : c'est ce que les campagnes trouvent en premier, chaque fois.

L'ordre de grandeur est mal connu. La ventilation hygiénique, celle qui tourne en permanence et qu'on ne remarque jamais, renouvelle environ un demi-volume d'air par heure 35. Évacuer ce qu'une pièce a stocké dans la journée en demande six à dix 3536, soit douze à vingt fois plus : pas un entrebâillement, une fenêtre grande ouverte, si possible sur deux façades opposées, toute la nuit. Et cela coûte l'isolement acoustique de la façade, en totalité : une fenêtre ouverte n'est plus une façade, et dans une rue vivante, à onze heures du soir, personne n'ouvre. Ajoutez la sécurité dans les étages bas et l'habitude de fermer avant de dormir.

Diagramme 5
La masse thermique representee comme un reservoir, dans deux scenarios de nuitDeux reservoirs dessines cote a cote, remplis sur trois jours. A gauche, la nuit rafraichit encore : des fleches terre cuite versent la chaleur du jour, des fleches vertes sous le reservoir figurent la vidange nocturne, et le niveau redescend chaque matin au meme point bas. A droite, la nuit ne rafraichit plus : les memes apports arrivent mais la vanne est barree d’une croix, et le niveau monte de jour en jour jusqu’a remplir presque tout le reservoir. Sous les dessins, trois raisons banales de ne pas pouvoir ouvrir sont citees, le bruit, la securite et la nuit trop chaude. Une jauge graduee de 0 a 110 degrés-heures par nuit montre le potentiel de refroidissement nocturne de Paris : 96 observe entre 1961 et 1990, un seuil pratique de 80 necessaire pour evacuer les apports, et 48 projete pour la fin du siecle. Pourquoi l’inertie ne sert que si l’on peut ventiler la nuitLa masse est un réservoir. Le jour la remplit, la nuit doit la vider.Niveaux de principe, sans échelle.La nuit rafraîchit encoreChaleur du jourLa vanne s’ouvre : le réservoir se vide chaque nuit.jour 1jour 2jour 3La nuit ne rafraîchit plusChaleur du jourLa vanne reste fermée : le réservoir ne se vide plus.jour 1jour 2jour 3Trois raisons de ne pas ouvrirLe bruit. La réglementation le reconnaît elle-même : les catégories decontraintes extérieures de la RE2020 existent parce que le bruit interditd’ouvrir la nuit.La sécurité. Un ouvrant bas sur voie publique ne s’ouvre pas la nuit.La nuit trop chaude. C’est la limite structurelle, et elle se chiffre.Ce que Paris a encore dans sa nuit d’étéPotentiel de refroidissement nocturne, en °C.h par nuit0255075100seuil : 80964896 °C.h par nuit en moyenne observée de 1961 à 1990,projeté à 48 pour 2071-2100. Il en faut environ 80 pourévacuer 50 W/m² en 8 h à 6 volumes par heure. Et lepotentiel tombe à zéro dès que le minimum nocturneatteint 22,25 °C.Sources : Artmann, Gyalistras, Manz et Heiselberg (2008), Building Research and Information 36(2):111-128, données observées ECA et 30 jeux demodèles climatiques régionaux, scénario A2 ; les auteurs qualifient eux-mêmes le seuil de 80 °C.h d’indication grossière. Kuczynski, Staszczuk,Gortych et Stryjski (2021), Building and Environment 205:108126 : l’inertie seule gagne 3,7 K le jour mais seulement 1,2 K la nuit, la ventilationnocturne seule 1,5 K le jour et 5,9 K la nuit, et les deux ensemble 4,7 K et 4,6 K. Guide RE 2020 pour les catégories de contraintes extérieures.Les niveaux du réservoir sont qualitatifs et sans échelle ; seule la jauge est chiffrée.
La masse est un réservoir : le jour la remplit, la nuit doit la vider. Si la vanne reste fermée, par bruit, par sécurité ou parce que la nuit est trop chaude, le niveau monte de jour en jour. Le potentiel nocturne de Paris était de 96 °C.h par nuit, il en faut environ 80, et la projection donne 48. 36

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La mesure est sévère sur ce point. La campagne française sur 76 logements suivis quatre mois conclut, noir sur blanc, qu'il n'a pas été directement constaté que les logements traversants sont moins à risque de surchauffe, ni que ceux équipés de protections solaires mobiles extérieures le sont 3. Dans les deux cas, la même cause : c'est la gestion par l'occupant qui conditionne l'effet. En canicule, seules 20 % des journées correspondent à un comportement de gestion thermique idéal, et environ 30 % des occupants ne changent rien à leurs habitudes 3.

Le résultat le plus net vient de Belgique. Sur 23 maisons très isolées suivies une année complète, aucune différence significative n'apparaît selon la présence de protections solaires, ni selon qu'elles sont intérieures ou extérieures, ni selon le type de construction. Une seule variable ressort, avec un effet large : l'ouverture nocturne des fenêtres 37. (Dartevelle et al., 2023.)

L'hiver donne l'ordre de grandeur de cet effet. Le premier bilan de la tour Elithis à Dijon, annoncée à énergie positive, montre un photovoltaïque qui tient sa promesse à 96 % et une consommation trois fois supérieure à la prévision 38. Le poste qui dérape est le chauffage, triplé parce que la consigne a été portée de 20 à 22 degrés, 20 étant jugé inconfortable 38. Deux degrés d'arbitrage humain ont pesé plus lourd que toute l'ingénierie du bâtiment.

Le mésusage de la ventilation naturelle est donc le facteur qui pèse le plus sur l'inconfort réellement mesuré. La question décisive n'est pas thermique, elle est architecturale : qu'est-ce qui fait qu'un être humain, en juillet, à onze heures du soir, dans une vraie rue, a envie d'ouvrir ?

La réponse tient dans des décisions de plan. Où est la chambre. Y a-t-il une seconde façade, et donne-t-elle sur une cour plantée plutôt que sur le boulevard. Existe-t-il un volet qui laisse passer l'air en restant fermé. Peut-on ouvrir sans être vu, sans être entendu, sans avoir peur.

C'est ici que l'architecture se joue, pas dans le tableur.

Section 07

Quatre bâtiments, dits franchement

Une agence qui livre est une agence qui compose. Ne publier que le cas exemplaire, ce serait publier une plaquette. Nous en prenons donc quatre : quatre climats, quatre programmes, et quatre réponses qui n'ont presque rien en commun. Si le bioclimatique était une recette, ces bâtiments se ressembleraient. Ils ne se ressemblent pas, et deux d'entre eux comportent un refroidissement actif que nous n'allons pas dissimuler. Pour chacun, nous disons le dispositif, ce qu'il produit, et la condition sans laquelle il ne produit rien. Un dispositif sans sa condition n'est pas une explication, c'est un argument de vente. L'ingénierie environnementale de trois d'entre eux, l'Arbre Blanc, le BEM et la Cité de l'Innovation, a été conduite avec l'Atelier Franck Boutté, co-concepteur environnemental 394041.

ART'CHIPEL, Marseille

Vingt-quatre mille mètres carrés de logements, développés entre 2017 et 2024 avec Nexity, livrés 42. Les logements n'ont pas de climatisation 42. C'est l'affirmation la plus engageante de cette page, et elle ne vaut que si nous disons par quoi elle est tenue.

Le site d'abord, le plan ensuite. Le terrain était boisé, et ses qualités ont été prises en compte dès le départ, comme une donnée de projet et non comme une contrainte à lever : garder les sujets sains, protéger la biodiversité déjà en place, puis implanter les volumes dans les vides, c'est-à-dire dans les clairières 43. On peut lire cela comme une décision paysagère ; c'est d'abord une décision thermique, et la première du projet : elle fixe où tombe l'ombre, où passe l'air, ce que chaque façade voit et ce qu'elle reçoit. Elle se prend à l'esquisse, et elle ne se rattrape plus ensuite.

Ensuite, arrêter le soleil avant le verre. Les protections solaires sont extérieures, et leur densité change selon les orientations 43. Une façade sud, une façade est et une façade ouest ne reçoivent pas le même soleil, ni aux mêmes heures, ni sous le même angle ; leur donner le même écran, c'est se tromper au moins deux fois. Cette page l'a rappelé : une lame fixe n'est optimale qu'à une orientation, et la protection posée devant le verre n'a pas le même ordre de grandeur d'effet que la même protection posée derrière. C'est elle qui rend le grand vitrage soutenable.

ART’CHIPEL vu depuis le bois conservé : les troncs et les feuillages occupent tout le premier plan, et derrière eux les étages du bâtiment se lisent à travers des écrans métalliques perforés, blancs et bruns, plantés de retombées de végétation.
ART’CHIPEL, Marseille.Image : OXO Architectes.

Puis le balcon, qui n'est pas seulement un balcon. Des balcons représentant 30 % de la surface ont permis de bien protéger la façade 43. Un débord de cette ampleur est une protection solaire au sens strict, et une pièce en plus, disponible au moment de l'année où l'intérieur l'est moins.

Puis ventiler, ce qui est la partie difficile. Les patios et la multi-orientation des appartements ont permis la ventilation naturelle de chaque appartement 43 : chaque logement dispose de plus d'une façade et d'une prise d'air qui ne se limite pas à la rue. Mais cette page a été sévère sur ce point : la campagne française de référence ne constate pas que les logements traversants surchauffent moins 3, parce que la traversée ne sert que si quelqu'un ouvre. Le projet a donc déplacé une partie du dispositif là où le geste humain n'est plus requis : les halls sont ouverts 43. L'air y circule en permanence, la ventilation est continue, et le soir le bâtiment se rafraîchit grâce au mistral 43. Cela lui donne une vraie vie nocturne, et c'est le meilleur indice qu'un dispositif fonctionne : les gens sont dehors la nuit.

Coupe
Principe des circulations ventiléesImage : OXO Architectes.
Coupe de principe
Art’Chipel a Marseille, coupe de principe en deux regimes, le jour et la nuit Deux coupes verticales identiques placees cote a cote, dessinees au trait, aux proportions de la coupe de principe du projet intitulee Principe des circulations ventilees. Le site est boise : une masse d arbres conservee a gauche, une autre a droite, presque aussi hautes que le bati, qui prend place entre elles dans la clairiere. Le terrain est plus bas a gauche qu a droite. Le batiment est fait de deux ailes de largeur voisine qui encadrent un patio central presque aussi large qu une aile, ouvert au ciel, plante d un arbre et pose sur un parking de deux niveaux. L aile gauche compte six niveaux au dessus du sol bas, l aile droite cinq au dessus du sol haut ; les dalles pleines alternent avec des demi niveaux tournes vers le patio, et les loggias, sur deux niveaux, sont fermees par un brise soleil. Au niveau du jardin du patio, le hall est ouvert des deux cotes. Chaque logement donne d un cote sur une facade exterieure et de l autre sur le patio. Dans la coupe de gauche, intitulee le jour, on se protege : la course du soleil est dessinee en arc au dessus du bati avec deux soleils. Le soleil haut de midi, pres du sommet de l arc, envoie un rayon en tirets terre cuite dans le patio, ou l arbre l arrete ; un rayon parallele est coupe par le nez de la loggia de l aile droite, dont la baie reste dans une ombre portee dessinee en aplat sombre. Le soleil bas de fin d apres midi, a gauche, envoie un rayon presque de face sur la facade gauche : il passe sous le debord et n est arrete que par une protection nettement plus dense. La protection de la facade droite, dite sud, est a lames espacees, celle de la facade gauche, dite ouest, a lames serrees. Une fleche verte traverse le hall ouvert vers le patio, de petites fleches montent du jardin, et une grande fleche monte dans le patio et sort au dessus de la toiture. Dans la coupe de droite, intitulee la nuit, on ouvre : il n y a plus de soleil. Les protections sont relevees, reduites a un caisson en haut de chaque loggia, et le trajet parcouru est figure en pointilles. Trois fleches vertes figurent le mistral qui arrive du nord ouest a travers les arbres. L air entre par la facade au vent, au niveau haut, au niveau intermediaire et dans le hall, traverse le logement, debouche dans le patio, monte, et ressort au dessus de la toiture et par la facade opposee en traversant les logements de l aile droite. De courtes fleches terre cuite partent des planchers et des plafonds hachures et rejoignent le flux d air : c est la chaleur emmagasinee dans la masse pendant la journee qui est evacuee par le balayage. Sous les deux coupes, un bandeau rappelle que le bon usage et la protection des facades sont necessaires au bon fonctionnement. La figure est un schema non cote, aux proportions de la coupe du projet. Le seul chiffre porte est la part des balcons, trente pour cent de la surface. Art’Chipel, Marseille : comment le bâtiment passe l’été Le confort d’été se joue en deux temps. Le jour, on se protège. La nuit, on ouvre, et le mistral traverse. Proportions reprises de la coupe de principe du projet (document OXO, « Principe des circulations ventilées ») ; schéma non coté. Le jour, on se protège Les arbres, les loggias et les filtres arrêtent le rayonnement. Le hall et le patio, eux, ne se ferment jamais. Midi, le soleil vient de haut Fin d’après-midi, le soleil arrive de face Rayon de midi Patio, ouvert au ciel Hall ouvert Parking Façade ouest Façade sud 1 2 3 4 5 1 Les arbres sains sont conservés, la biodiversité en place protégée. Les volumes bâtis prennent place dans les vides, dans les clairières. 2 Façade sud, à droite : le soleil de midi vient de haut, le débord de la loggia le coupe. Un filtre à lames espacées suffit. 3 Façade ouest, à gauche : le soleil du soir arrive presque de face et passe sous le débord. Il faut là un filtre nettement plus dense. 4 Les balcons, 30 % de la surface, en loggia devant chaque façade : leur dalle porte son ombre sur la baie, et l’on y vit le soir. 5 Les halls ouverts et le patio ne se ferment pas : l’air monte du jardin planté du patio, entre les deux ailes, jusqu’au-dessus de la toiture. La nuit, on ouvre Les protections sont relevées, les baies ouvertes, le mistral traverse. Le balayage emporte la chaleur que le jour a laissée dans la masse. Le mistral, du nord-ouest Patio, ouvert au ciel Hall ouvert Parking Façade au vent Façade sous le vent 6 7 8 9 6 Le mistral, du nord-ouest, entre par la façade au vent. Les protections sont relevées, les baies ouvertes en grand. 7 Chaque logement est traversant et multi-orienté : l’air entre d’un côté, sort par le patio et par l’autre façade. Rien ne stagne. 8 Le balayage évacue la chaleur que la masse a emmagasinée pendant la journée. C’est ce qui permet de repartir au frais. 9 Loggias et halls redeviennent praticables au frais : c’est ce qui rend possible une vraie vie nocturne. Le bon usage et la protection des façades sont nécessaires au bon fonctionnement. Le dispositif ne tient pas si les occupants n’occultent pas le jour et n’ouvrent pas la nuit. Ici, l’usage pèse plus lourd que le calcul. Trajet de l’air Chaleur et rayonnement solaire Masse constructive Ombre portée sur la façade Arbres conservés Filtre à lames espacées, façade sud Filtre à lames serrées, façade ouest En pointillés : protection relevée

Comment lire cette coupe

La démonstration tient en deux images du même bâtiment. À gauche, le régime de jour : le rayonnement est arrêté avant d’entrer, par les arbres conservés, par le débord des balcons et par des filtres dont la densité change avec l’orientation. À droite, le régime de nuit : tout s’ouvre, le mistral entre par la façade au vent, traverse chaque logement, ressort par le patio et par la façade opposée, et emporte la chaleur que la masse a emmagasinée pendant la journée.

  • Un site boisé, un bâti dans les vides. Les arbres existants sains ont été conservés et la biodiversité en place protégée ; les volumes s’implantent dans les clairières.
  • Deux filtres, deux densités. Au sud le soleil de midi vient de haut et glisse le long du mur : un filtre à lames espacées suffit. À l’ouest il arrive presque de face en fin de journée, passe sous le débord, et seul un filtre à lames serrées l’arrête.
  • Les balcons, 30 % de la surface. Ils débordent devant la façade et portent leur ombre sur elle. Ils redeviennent, le soir, un lieu où l’on vit.
  • Les patios et la multi-orientation. Chaque logement donne sur deux airs différents : c’est ce qui permet de le ventiler naturellement, sans dépendre d’une seule façade.
  • Les halls ouverts. Ils ne se ferment pas : l’air circule en continu dans le bâtiment, du sol jusqu’au dessus de la toiture.
  • Le mistral. C’est lui qui rafraîchit le soir. Le balayage nocturne décharge la masse et rend possible une vraie vie nocturne.

La condition, et elle est écrite dans la figure Le bon usage et la protection des façades sont nécessaires au bon fonctionnement. Le dispositif ne tient pas si les occupants n’occultent pas le jour et n’ouvrent pas la nuit. Sur ce bâtiment comme sur les autres, l’usage pèse plus lourd que le calcul.

  • Proportions reprises de la coupe de principe du projet (document OXO, « Principe des circulations ventilées ») 43 ; schéma non coté. Nombre de niveaux, largeur du patio rapportée aux ailes, profondeur des loggias, parking, pente du terrain et hauteur des arbres suivent ce document ; aucune dimension n’en est déduite. Le seul chiffre porté est la part des balcons, 30 % de la surface.
  • Les deux façades représentées sont rapprochées pour permettre la comparaison des filtres ; elles ne sont pas nécessairement dans le même plan de coupe.
  • Chaque façade est figurée au moment de la journée qui la met en difficulté : la façade sud à midi, la façade ouest en fin d’après-midi. Les deux soleils du dessin de gauche ne sont donc pas simultanés.
  • Le dessin ne représente pas une performance mesurée : il représente le principe de fonctionnement du bâtiment, tel qu’il a été conçu.

Figure large : faites glisser horizontalement pour la parcourir.

Et la condition, qui n'est pas une réserve de bas de page. Le bon usage et la protection des façades sont nécessaires au bon fonctionnement 43. Un occupant qui laisse ses protections relevées en pleine journée, ou qui n'ouvre jamais, annule une part de ce qui a été construit pour lui. Nous avons cherché à rendre le bon geste facile et agréable, pas à le rendre inutile : personne ne sait faire un bâtiment qui se passe de ses habitants.

L'Arbre Blanc, Montpellier

Une tour de 113 logements, 10 000 m², 22 millions d'euros hors taxes, conçue à partir de 2014 et livrée en 2019 3944.

Les logements y sont climatisés 44. Nous préférons l'écrire que le laisser découvrir. La performance affichée du bâtiment est celle de la réglementation thermique applicable à l'époque, rien de plus 39. Ce projet ne démontre pas qu'on peut se passer de machine, et le présenter ainsi serait malhonnête.

Sa qualité climatique réelle est ailleurs, et elle est instructive. Les porte-à-faux ne protègent pas seulement le logement auquel ils appartiennent : ils s'auto-ombrent les uns les autres, et filtrent le soleil avant qu'il n'atteigne les baies 44. Le rayonnement est intercepté dehors, avant d'avoir traversé le verre et d'être piégé dans la pièce. L'ingénieur qui a travaillé le projet ne les décrit pas comme des balcons mais comme de véritables interfaces environnementales : des espaces qui rendent passivement des services au bâtiment, des « prolongements extérieurs de dimension exceptionnelle » 39. Le travail a porté explicitement sur l'apport bioclimatique des espaces extérieurs de type balcon, en puisant dans l'environnement pour augmenter l'efficacité, selon ses mots, « à moindre effort et à moindre coût » 39.

L’Arbre Blanc vu depuis les berges du Lez : une tour blanche dont chaque étage projette des balcons profonds en porte-à-faux dans toutes les directions, les plateaux portant leur ombre sur ceux du dessous ; la tour se reflète dans l’eau.
L’Arbre Blanc, Montpellier, depuis le Lez.Image : OXO Architectes.
Depuis un balcon de l’Arbre Blanc : les brise-soleil à lames blanches des balcons du dessus se superposent au-dessus de la terrasse, et la ville de Montpellier s’étend jusqu’à l’horizon.
L’Arbre Blanc, depuis un balcon : les balcons du dessus et leurs lames font l’ombre de celui du dessous.Image : OXO Architectes.

C'est le même élément qu'à Marseille et ce n'est pas le même métier. À ART'CHIPEL, le dehors sert d'abord à faire circuler l'air ; ici, il sert à intercepter le soleil et à déplacer la vie. Le geste se ressemble, la raison est différente : c'est pour cela qu'il n'existe pas de recette.

La leçon, dite honnêtement, tient en une phrase : le confort d'été se gagne dehors, avant d'entrer. Déplacer la vie sur le balcon une grande partie de l'année vaut mieux que rien, et vaut mieux que n'importe quel vitrage performant sans ombre devant lui. Mais ce n'est pas la même chose que se passer de climatisation. La condition est d'ailleurs celle-là : ces surfaces ne tiennent leur promesse que si elles sont réellement habitées. Un prolongement extérieur qui finit en rangement redevient un simple pare-soleil. Il continue d'ombrer, ce qui n'est pas rien, mais la moitié du bénéfice a disparu.

Bâtiment d'Enseignements Mutualisés, plateau de Saclay, Palaiseau

9 142 m² de surface de plancher, 23,5 millions d'euros hors taxes, issu d'un concours de 2014 et livré en 2023 40. Sept grandes écoles y mutualisent leurs salles 4045. Le programme n'a plus rien à voir avec les deux précédents : occupation dense, intermittente, réglée par les horaires de cours, et personne n'habite là.

Le dispositif est une façade qui respire toute seule. Des ouvrants motorisés s'ouvrent et se ferment selon l'heure et la saison 45. La ventilation est naturelle : elle aère et rafraîchit le grand volume du hall, ce qui évite le recours à la climatisation 40. Et le hall joue le rôle de tampon thermique pour les salles de classe 40 : les salles ne donnent pas directement sur l'extérieur, elles donnent sur un volume déjà tempéré. L'ingénieur parle d'une « porosité saisonnière variable », et d'un dedans-dehors qui ne se sépare plus par une ligne mais « dans des limites épaisses, floues et mouvantes » 40.

Le hall du bâtiment de Saclay : un grand volume blanc éclairé par une verrière filante, des arbres plantés à même le sol, un escalier et des passerelles suspendues, et sur la droite les salles qui donnent directement sur ce volume.
Bâtiment d’Enseignements Mutualisés, plateau de Saclay, Palaiseau.Image : OXO Architectes.

Un point mérite d'être relié à ce que cette page a dit du confort. Les ambiances extérieures ont été retranscrites en température sensorielle, proche de la température opérative définie plus haut, pas en température d'air 40. C'est la grandeur qui correspond à ce qu'un corps reçoit réellement, rayonnement des parois et mouvement de l'air compris, et c'est celle sur laquelle porte l'adaptation. Concevoir sur la température d'air, dans un bâtiment pareil, reviendrait à optimiser un chiffre que personne ne ressent.

La condition est ici d'un autre ordre, et elle est sérieuse. Ce qu'un logement demande à son habitant, ce bâtiment le demande à une machine et à un contrat de maintenance. Nous avons vu plus haut ce que devient une protection mobile que plus personne ne manœuvre : une protection fixe, mal orientée. Un ouvrant motorisé pose le même problème avec une pièce d'usure en plus. Une régulation mal réglée, une saison de maintenance sautée, et le bâtiment se referme sur lui-même sans que personne ne s'en aperçoive avant le mois de juillet. La bonne question n'est pas de savoir si cela marche à la livraison. Elle est de savoir qui l'entretiendra dans trente ans, et avec quel budget.

Cité de l'Innovation, Sorbonne Université, Jussieu, Paris

15 711 m², engagés depuis 2011 et en cours, au sein d'une équipe menée par BIG avec OXO 4146. Site parisien dense, programme de recherche, apports internes élevés : ni le climat ni les contraintes des trois premiers.

Le bâtiment est creusé en son cœur. Ce vide amène la lumière au centre du volume et crée une zone microclimatique, un morceau de climat fabriqué par la forme plutôt que par une machine 41. L'atrium ainsi obtenu fait deux métiers opposés selon la saison. L'hiver, il sert de tampon et limite les déperditions des façades intérieures qui donnent sur lui. L'été, l'ouverture de sa partie basse évacue les charges internes par ventilation naturelle, complétée par une surventilation nocturne 41. C'est le couple que cette page a décrit : décharger la nuit ce que la journée a déposé.

L’atrium de la Cité de l’Innovation vu depuis le sol : les parois du vide central montent en biais de part et d’autre, la lumière descend par la fente qui les sépare, des escaliers et des passerelles franchissent le vide et des arbres sont plantés au niveau bas.
Cité de l’Innovation, Sorbonne Université, Jussieu, Paris.Image : OXO Architectes.

Le fait le plus précieux de tout ce dossier est ailleurs, et il tient à la lumière. Dans ce seul bâtiment, l'ingénieur distingue trois besoins de lumière naturelle. Élevés là où l'autonomie lumineuse permet réellement de réduire l'éclairage artificiel, c'est-à-dire là où la lumière du jour remplace de l'énergie. Limités là où l'éblouissement sur écran et le confort d'été commandent l'inverse, parce que les apports internes y sont déjà élevés et que chaque rayon supplémentaire est une charge à évacuer. Faibles ailleurs, tout simplement 41.

Plus de lumière n'est donc pas mieux : cela dépend de l'usage. Une norme dit un minimum, le même partout, et un projet qui se contente de la satisfaire fabrique du confort dans une pièce et de l'inconfort dans la suivante. Ici, trois valeurs différentes coexistent dans un même bâtiment, et chacune est justifiée par ce qui s'y passe. C'est la démonstration la plus nette que le bioclimatique n'est pas une accumulation de normes : un tableur additionne des exigences, un projet arbitre entre elles, et l'arbitrage demande de savoir ce que les gens font dans la pièce.

Ce qu'il faut dire pour rester honnête. Le projet comporte aussi du rafraîchissement actif : le dispositif passif réduit le besoin, il ne le supprime pas 41. La structure est en béton, en partie moins carboné 41, ce qui est une amélioration et non une exemption. Et la ressource dont dépend la surventilation nocturne se réduit avec le climat, comme cette page l'a écrit plus haut. Enfin, le bâtiment n'est pas terminé : nous décrivons ici une conception, pas un bâtiment vécu.

Ce que ces quatre bâtiments prouvent, et ce qui reste à mesurer

Aucun des quatre n'a fait l'objet d'une campagne de mesures sur un an. Ce n'est pas la coutume en France : on livre, on ne mesure pas, et l'occasion d'instrumenter une opération sur une saison entière ne nous a pas encore été donnée. Nous travaillons à faire changer cela.

Nous avons en revanche les retours de ceux qui y vivent. À l'Arbre Blanc, les habitants font état d'une facture d'énergie réduite d'environ 30 % par rapport à un logement classique 47. À ART'CHIPEL, le dispositif fonctionne : les logements passent l'été sans climatisation, sauf quelques jours de la dernière grande canicule, dans certains appartements où les protections solaires n'avaient pas été descendues pendant la journée 47. C'est, mot pour mot, la condition écrite dans la coupe : le bon usage et la protection des façades sont nécessaires au bon fonctionnement.

Ces retours sont déclaratifs, pas des mesures, et nous les présentons comme tels. Ils disent que le principe tient, et à quelle condition. Nous disons aussi lequel de ces bâtiments est climatisé, ce qui dépend d'un occupant et ce qui dépend d'une maintenance. Le prochain pas est une opération instrumentée sur une saison complète, et nous voulons être ceux qui la publient.

Section 08

Ce que les labels ne disent pas

Un label certifie qu'un projet a franchi un seuil dans un calcul. C'est utile : cela impose un langage commun et oblige à écrire ses hypothèses. Mais il dit que le calcul est passé, pas que le bâtiment le fera, et que le critère retenu a été respecté, alors qu'on a vu que le critère fait le résultat.

La mesure le confirme. Sur 121 bâtiments américains certifiés ayant fourni une année complète de consommation réelle, plus de la moitié s'écartent de plus de 25 % de leur propre prévision, dans les deux sens 48 ; et une ré-analyse appariant chacun à un bâtiment ordinaire équivalent ne trouve aucune relation statistiquement significative entre le niveau de performance visé et la consommation mesurée 49. En pratique, un projet qui vise un label finit d'ailleurs par l'obtenir : les équipes connaissent les critères, elles conçoivent pour eux, et l'instruction se fait sur le dossier. Ce n'est pas une fraude, c'est le fonctionnement normal d'un seuil administratif, mais cela distingue très mal le projet qui a été pensé de celui qui a été optimisé. Nous n'en faisons ni un argument ni un reproche : nous constatons qu'on n'y trouve pas la réponse à la seule question qui intéresse un habitant, celle de savoir s'il sera bien chez lui au mois de juillet.

Section 09

Notre façon de faire

Nous lisons le site avant de dessiner. Courses solaires heure par heure, vents dominants, bruit, ombres portées des voisins, et des choses qui ne se calculent pas : où les gens s'assoient déjà à l'ombre en juillet, ce que la rue fait la nuit.

Puis nous dessinons d'intuition. Un architecte qui a passé une journée sur une parcelle sait, avant tout calcul, où sont les bonnes pièces et quelle est la façade difficile. Cette connaissance n'est pas un sentiment, c'est une accumulation de cas. Nous partons de là, parce qu'un calcul ne répond qu'à la question qu'on lui pose : il ne vous dira jamais que la chambre devrait être de l'autre côté, il vous dira ce que donne une chambre de ce côté-ci.

Ensuite nous testons, et nous nous trompons. On déplace la pièce, on approfondit le balcon, on retourne le plan ; beaucoup de ces essais ne donnent rien, certains changent tout. C'est l'expérimentation qui produit le projet, pas l'optimisation. Le calcul arrive à la fin, pour vérifier, et parfois pour dire non. Jamais l'inverse.

Cet ordre a une justification simple : les décisions qui comptent se prennent toutes à l'esquisse, et elles y sont gratuites. Orientation, profondeur de la pièce, part et place du vitrage, possibilité de traverser, protection devant le verre plutôt que derrière. Trois mois plus tard, elles coûtent cher ; trois ans plus tard, elles ne se rattrapent plus.

Diagramme 7
Cinq axes de consequence pour une meme decision, traverses par trois variantesCinq axes horizontaux empiles, un par consequence : confort d’ete, chauffage d’hiver, lumiere du jour, carbone et bruit. Chaque axe porte son unite propre et va du moins favorable a gauche au plus favorable a droite. Trois lignes brisees les traversent verticalement, une par variante : petite baie en vert, baie moyenne en gris tirete, grande baie en terre cuite. La petite baie est en tete sur le confort d’ete, le carbone et le bruit, mais derniere sur le chauffage d’hiver et la lumiere du jour ; la grande baie fait exactement l’inverse ; la baie moyenne reste au milieu partout. Les lignes se croisent donc entre les axes, ce qui montre qu’aucune variante ne domine les autres. Une colonne de droite donne les ancrages chiffres disponibles pour quatre des cinq axes, et signale explicitement que l’axe carbone n’est pas chiffre dans le dossier, ce qui est un trou et non un zero. Les couches d’une décision : agrandir ou réduire la baieUne seule décision, cinq conséquences dans cinq unités différentes. Aucune des trois variantes n’est en tête partout.Positions qualitatives, axes sans échelle : c’est le croisement des lignes qui porte le sens, pas leur hauteur.Petite baieBaie moyenneGrande baieConfort d’étéapports solaires à évacuerbeaucouppeuUn store extérieur opaque blancévite 95 % des apports.Le même tissu à l’intérieur en laisse passer 43 %.Chauffage d’hiverapports solaires gratuits, au SudpeubeaucoupUn volet fermé la nuit gagne 12,6à 31,0 % sur le Uw d’un doublevitrage à 1,8.Lumière du jourautonomie en lumière naturellefaibleforteStore baissé à 75° : le facteur delumière du jour passe de 11 % à 1 %,l’autonomie de 89 % à 31 % des heures.Carboneverre et menuiseriebeaucouppeuNon chiffré dans ce dossier.C’est un trou, pas un zéro :l’axe existe et il compte.Bruitcapacité à ouvrir la nuitréduitepréservéeLa RE2020 crée ses catégories decontraintes extérieures parce que lebruit empêche d’ouvrir la nuit.Les trois lignes se croisent. Il n’existe donc pas de baie optimale : il existe une baie choisie, et un projet qui assume ce qu’il a sacrifié.Et le diagramme entier se déplace dès qu’on touche à autre chose : protégée par un écran extérieur, une baie peut passer de 4 % à 22 %de la façade à consommation d’énergie égale. Ce n’est donc pas la baie qu’on optimise, c’est le système qui la tient.Sources des ancrages chiffrés : BBSA, Guidance Note S-7A, Issue 2, mai 2016, valeurs normatives que le document qualifie lui-même d’indicatives.ES-SO (2012) pour le gain hivernal du volet fermé la nuit. Reinhart (2004), Solar Energy 77(1):15-28, pour la lumière du jour. Arafa, Sherif etEl-Zafarany, Energy and Buildings (2012), pour le passage de 4 % à 22 % de ratio de vitrage. Guide RE 2020 pour les catégories de contraintesextérieures. Les positions des points sur les axes sont qualitatives et n’ont aucune échelle : elles servent uniquement à montrer que les lignes secroisent.
Agrandir une baie améliore la lumière et les apports d’hiver, dégrade le confort d’été, le carbone et la capacité à ouvrir la nuit. Les trois lignes se croisent : aucune n’est en tête partout. Une bonne architecture choisit ses compromis, elle ne coche pas toutes les cases.

Figure large : faites glisser horizontalement pour la parcourir.

Dernier point, et il joue contre nos intérêts : nous ne sommes pas le prestataire de la solution que nous recommandons. Sur un projet réel, il faut doubler le calcul réglementaire d'une simulation thermique dynamique sur fichier climatique prospectif. C'est le travail d'un bureau d'études, pas le nôtre.

Section 10

Un outil pour comparer, pas pour optimiser

Vous trouverez ci-dessous un simulateur. Il arrive à la fin de cette page, et c'est volontaire : il ne sert à rien avant d'avoir compris le problème. Il modélise la pièce la plus exposée d'un logement parisien, une seule façade, sans climatisation, par un bilan thermique heure par heure sur une saison réelle 50. Il n'a aucune valeur réglementaire, il ne dimensionne rien, il ne modélise pas votre bâtiment : il compare des décisions d'esquisse et montre laquelle pèse.

Simuler une architecture parfaite est un exercice délicat, et l'outil le dit lui-même. Poussez tous les curseurs à leur butée vertueuse : vous obtenez une pièce au vitrage minimal, volets fermés, très lourde, ouverte toute la nuit. Cette configuration gagne sur l'indicateur et perd partout ailleurs. Elle coûte de la lumière, du carbone et des décibels, et personne n'a envie d'y vivre. Ce n'est pas un objectif de projet. Un bon projet ne coche pas toutes les cases, il choisit lesquelles.

Outil OXO 50. Modèle monozone horaire, météo PVGIS SARAH-2 34, Paris ; géométrie solaire NOAA 51, angles d’ombre selon Olgyay 52 et Szokolay 53. Sans valeur réglementaire. Ouvrir dans un onglet

Section 11

Limites de l'étude

Déplier les 8 limites
  1. L'inertie n'est pas de l'isolation.Cinquante centimètres de terre valent deux à trois centimètres et demi de laine minérale et déphasent le pic de six heures 13. Utile, mais ce n'est pas la même chose.
  2. Le niveau de nos chiffres est incertain, seul leur classement est solide.Entre l'été le plus frais et le plus chaud de la décennie 2011-2020, l'inconfort calculé pour un même bâtiment varie d'un facteur 23, et nos hypothèses de calage déplacent le niveau de moins 38 % à plus 55 % 50.
  3. Notre simulateur n'est pas certifié par un bureau d'études externe.Sa géométrie solaire est validée contre les données officielles européennes 5034. Son modèle thermique ne l'est pas.
  4. Nos valeurs de protection solaire viennent de la filière qui vend le produit, et ce sont des calculs, pas des mesures 11.Nous n'avons trouvé aucune mesure in situ indépendante. C'est la faiblesse la plus sérieuse de notre dossier.
  5. Après 2050, l'enveloppe seule ne suffira plus.L'ADEME l'écrit à partir d'un programme sur plusieurs types de bâtiments à Paris et à Nîmes 54. Et la ressource nocturne se réduit : le potentiel de refroidissement de Paris passe de 96 degrés-heures par nuit à 48 projetés en fin de siècle, quand il en faut environ 80 36.
  6. La végétation ne traite pas la surchauffe, mais bien employée elle fait un obstacle efficace.Les façades végétalisées mesurées en climat tempéré donnent de moins 1,2 à plus 0,1 degré sur l'air à cinquante centimètres de la paroi, et rien au-delà de deux mètres 55. Un arbre ou une treille devant une baie, en revanche, arrête le rayonnement avant la paroi : c'est ainsi que nous l'employons, pour l'ombre, l'eau et le vivant.
  7. Le bioclimatique ne supprime pas le besoin de froid.Il le retarde, le réduit et le fiabilise. Sur l'agglomération parisienne, une modélisation couplée montre qu'un ensemble d'adaptations combinées réduit d'environ 60 % la consommation potentielle de climatisation 56.
  8. Cette réflexion n'est pas une vérité absolue : il n'y en a pas.C'est une approche, avec ses biais. Si une vérité existait, tout le monde l'appliquerait. Nous avons des mesures qui convergent, des limites que nous énonçons, et une manière de travailler que nous défendons.

Section 12

Lexique

Les mots techniques de cette page, expliqués en langage courant et rangés par ordre alphabétique. Chaque définition suit l'usage que la page en fait, et renvoie au simulateur quand le terme y apparaît.

Déplier le lexique, 59 termes
Angle de profil

L'angle du rayon de soleil en coupe, combinant hauteur du soleil et direction par rapport à la façade. Grand au Sud à midi, un débord l'arrête ; faible à l'Ouest le soir, le débord ne sert plus. Le simulateur en déduit l'ombre du débord.

Apports (solaires directs, diffus, internes)

La chaleur entrant dans une pièce ou produite dedans. Directs, le rayon du soleil. Diffus, le ciel et les surfaces voisines. Internes (« charges internes »), occupants, appareils, éclairage, 3,2 watts par mètre carré (simulateur). L'« énergie directe interceptée » est ce qu'une protection arrête.

ASHRAE, ciel clair

L'association américaine des ingénieurs en chauffage et climatisation. Son modèle « ciel clair » donne la force du soleil un jour sans nuage. Le simulateur s'en sert seulement pour peser les heures en cherchant la protection optimale du 21 juin.

Badgir (tour à vent), qanat

La tour à vent d'Iran capte le vent et le fait descendre. Elle déplace l'air sans le refroidir : il entre à la température du dehors, 17 degrés à trois heures du matin, 34 à quinze heures. La fraîcheur venait de l'eau du qanat, canal souterrain.

Baie

L'ouverture d'un mur pour une fenêtre ou une porte-fenêtre, « toute hauteur » du sol au plafond. Le linteau est sa partie haute, la menuiserie le cadre portant le vitrage, l'ouvrant la partie qui s'ouvre. Un « ouvrant motorisé » (Saclay) s'ouvre seul par régulation.

Bâtiment de référence

Le point de comparaison permanent du simulateur, en gris. Le bâtiment courant d'aujourd'hui, à votre orientation, contexte urbain et horizon, avec un réglage courant de chaque décision d'esquisse. Il isole l'effet de vos seuls choix. Au réglage de départ, vous êtes dessus.

Bioclimatique (architecture)

Faire travailler le climat à la place des machines, orientation, ombre, masse, vent, fenêtre ouverte la nuit. Elle ne fabrique pas de froid. Elle intercepte la chaleur avant qu'elle n'entre, l'étale et l'évacue quand le dehors le permet. Une approche, pas une science exacte.

Brise-soleil (lames, filtre)

Un écran devant la façade pour arrêter le soleil avant le verre, à lames fixes ou orientables. Dans le simulateur, verticales, minces, à un mètre d'entraxe, tournées vers le Sud. La coupe d'ART'CHIPEL appelle « filtre » le même dispositif. Casquette, brise-soleil horizontal.

Campagne de mesure

Le relevé, par capteurs, de ce qu'un bâtiment réel fait vraiment, températures sur une saison, consommation. Un bâtiment « instrumenté » est ainsi équipé, une « évaluation après occupation » se fait une fois habité. Aucun des quatre bâtiments d'OXO n'a de campagne publiée.

Capacité thermique

La chaleur nécessaire pour élever une pièce d'un degré, par mètre carré (kJ/m²·K). Plus grande, plus la pièce réagit lentement. Le simulateur reprend les cinq classes de l'ISO 13790, de 80 pour une ossature légère à 370 pour la pierre ou la terre.

Carbone de construction, analyse de cycle de vie

Le gaz carbonique émis pour fabriquer, transporter et poser un bâtiment. L'analyse de cycle de vie y ajoute l'exploitation, sur cent ans. Le résultat dépend des données de matériaux et du carbone du bois, compté ou non, 5 à 50 % d'écart entre études.

Coefficient U

La chaleur qu'une paroi laisse passer, en W/m²·K ; plus bas, plus isolant. Dans le simulateur, mur parisien non rénové 1,60, mur neuf courant 0,25, mur passif 0,12. Pour une fenêtre, Uw, 1,4 à 1,8 en double vitrage. Inverse de la résistance thermique.

Confort adaptatif

La température supportable dépend des jours précédents : après une semaine douce, 27 degrés paraissent beaucoup ; après dix jours de canicule, supportables. Normes EN 15251 puis EN 16798-1. La règle française la plafonne à deux degrés et l'exclut la nuit, on n'agit pas en dormant.

Coupe, plan, esquisse

La coupe montre le bâtiment tranché verticalement, une « coupe de principe » étant un schéma sans cote. Le plan le montre de dessus, dans le simulateur une travée entre deux lames. L'esquisse, première phase, des décisions (orientation, profondeur, vitrage) qui ne se rattrapent plus.

Débord (casquette, porte-à-faux)

Tout ce qui dépasse de la façade au-dessus d'une baie. Casquette, mot familier. Un porte-à-faux avance sans appui. Il ombre par le haut : soleil haut de l'été arrêté au Sud, soleil bas de l'hiver laissé passer, presque rien contre le soleil rasant de l'Ouest.

Degré-heure (°C.h, K.h)

Une unité qui cumule l'ampleur et la durée. Une heure à un degré au-dessus du seuil vaut un, deux heures à trois degrés valent six. °C.h et K.h sont équivalents (un kelvin d'écart, un degré). À distinguer du degré-jour du graphique 1, cumulé par jour.

Déphasage, écrêtage

Le déphasage (décalage) d'un mur lourd est le retard entre le pic de chaleur dehors et dedans, six heures mesurées en pisé de 50 centimètres, et non dix à douze. L'écrêtage (lissage) réduit l'amplitude, l'intérieur monte et descend moins. Aucun des deux ne fabrique du froid.

DH-OXO

L'indicateur maison du simulateur, en degrés-heures. Il additionne, de mai à septembre, les écarts horaires de la pièce au-dessus du seuil de confort. Inspiré du DH de la RE2020 mais calculé autrement, il n'a aucune valeur réglementaire. Les repères 350 et 1 250 °C.h viennent de la RE2020, pour l'ordre de grandeur.

Écart-type, variance

L'écart-type mesure la dispersion autour de la moyenne. À Meymand, la moyenne n'est que 1,6 degré sous le dehors, mais l'écart-type tombe de 2,73 à 0,40 degré. La variance est son carré. Des murs « n'expliquant que 3,5 % de la variance » pèsent peu.

Facteur solaire

La part du soleil entrant par une fenêtre protégée, de 0 à 1. Dans le simulateur, vitrage nu 0,65, store intérieur 0,45, volet ou store extérieur 0,12 : dehors, le store rejette la chaleur, dedans elle a déjà traversé le verre. Valeurs normatives (CSTB), pas mesurées.

Fichier météo (PVGIS, SARAH-2, Trappes)

Les heures de température et de soleil. Le simulateur utilise la météo de Paris (PVGIS, base satellite SARAH-2), mai à septembre 2016, année médiane des étés 2011-2020, sans îlot de chaleur. La réglementation prend un fichier conventionnel calé sur Trappes, à 25 km de Paris.

Géométrie solaire (NOAA, Olgyay, Szokolay, Hay-Davies)

La position du soleil et l'ombre portée par un obstacle. Le simulateur utilise les équations de la NOAA, validées contre PVGIS. Les angles d'ombre suivent Olgyay (1957) et Szokolay (2004), Hay-Davies répartit la lumière diffuse. La géométrie est validée, pas le modèle thermique.

Horizon 2050 (Climadiag, TRACC)

Le climat du calcul, aujourd'hui ou 2050. Le simulateur modélise 2050 en ajoutant 2,3 °C à chaque heure, valeur Climadiag (Météo-France) pour Paris sur la TRACC, trajectoire de réchauffement de référence de l'État. Simplification, car le réchauffement allonge aussi les vagues de chaleur.

Îlot de chaleur urbain

Le surplus de chaleur d'une ville sur sa campagne, surtout la nuit. Le simulateur l'ajoute par le curseur « contexte urbain », nuits plus chaudes de 1,5 °C en tissu ordinaire, 2,5 °C dans Paris dense et minéral. Le végétal ombrage le jour, freine le refroidissement nocturne.

Inertie

L'aptitude d'un bâtiment lourd à ralentir les variations de température. Pas de l'isolation. Cinquante centimètres de terre valent deux à trois centimètres et demi de laine minérale, mais décalent le pic de six heures. Sans ventilation nocturne pour vider la masse, le réservoir se remplit.

Isolation (enveloppe, par l'extérieur, par l'intérieur, niveau passif)

L'enveloppe sépare dedans et dehors ; l'isoler freine la chaleur dans les deux sens. Par l'extérieur, la masse reste accessible ; par l'intérieur (« doublage », « tout doublé » au simulateur), elle est neutralisée. Le « niveau passif », le plus poussé, évacue moins en été.

Label

Un label ou une certification atteste qu'un projet a satisfait, sur dossier, aux critères d'un organisme. La page n'en nomme aucun, ni preuve ni reproche. Un label dit que le calcul est passé, pas que le bâtiment le fera.

Lambda (conductivité thermique)

La lettre λ désigne la conductivité d'un matériau, la chaleur qui traverse un mètre d'épaisseur pour un degré d'écart (W/m·K). Plus lambda est petit, plus le matériau isole, 0,035 pour l'isolant du simulateur, dont l'épaisseur dessinée découle du coefficient U choisi.

Loggia

Un balcon rentré dans le bâtiment, couvert, fermé sur les côtés, ouvert d'un seul. Sa dalle du dessus fait débord et ombre la baie. À ART'CHIPEL, les loggias reçoivent les filtres à lames et servent de pièce dehors le soir ; à Chandigarh, des climatiseurs.

Lumière naturelle (autonomie, facteur de lumière du jour)

L'autonomie est la part des heures où le jour suffit sans allumer. Le facteur de lumière du jour compare éclairement intérieur et extérieur sous ciel couvert. Les deux chutent avec une protection fermée, un store baissé pouvant faire tomber le facteur de 11 % à 1 %.

Masque solaire, ombre portée

Tout ce qui, vu d'une fenêtre, cache une partie du ciel et du soleil, immeuble, arbre, débord. L'ombre portée est celle qu'un objet projette sur un autre, ou sur lui-même (« auto-ombre »). Le simulateur calcule l'ombre sur la baie chaque heure, pas un effet graphique.

Masse

La matière lourde d'une pièce. Elle stocke la chaleur du jour et doit la rendre la nuit. Le curseur « Masse de la pièce » règle l'inertie. Du très léger au très lourd, l'inconfort est divisé par 2 sans ventilation nocturne, par plus de 20 en traversant.

Meilleur thermique possible

Le résultat du simulateur avec tous les curseurs à leur butée vertueuse, vitrage au minimum réglementaire, volets fermés, très lourd, ouvert toute la nuit. Il situe la marge, pas un objectif : cette pièce coûte lumière, carbone et décibels. Le tableau dit « meilleur atteignable ».

Midi solaire et temps universel

L'instant où le soleil passe au plus haut. À Paris, ni midi ni 14 h ; le simulateur l'affiche. Le temps universel (UTC) est l'heure du fichier météo, deux heures de moins que la montre en été : 16 h dans le simulateur, c'est 18 h.

Mistral

Vent du nord-ouest, fort et sec, descendant la vallée du Rhône jusqu'à Marseille. À ART'CHIPEL, il entre la nuit par la façade au vent, traverse les logements, ressort par le patio et emporte la chaleur emmagasinée par la masse. Il rafraîchit le soir.

Modèle monozone, 1R1C, moteur

Monozone, une seule température dans la pièce. 1R1C, une résistance (fuites par l'enveloppe et ventilation) et une capacité (la masse), en « évolution libre » (ni chauffage ni climatisation). Le « moteur » est ce programme ; un volet « tenu fermé par le moteur » l'est par calcul.

Moucharabieh (écran perforé)

Un écran de bois ajouré en saillie devant les fenêtres du Caire ancien. Il arrête le soleil avant le verre, laisse passer l'air, protège le regard. Le texte dit « écran perforé », les photographies « moucharabieh », même objet. Équivalent contemporain, le store ou brise-soleil extérieur.

Nuit inconfortable

L'unité du verdict. Une nuit est comptée dès qu'une heure entre 22 h et 7 h UTC dépasse le seuil, 26 °C la nuit. La page préfère ce chiffre aux degrés-heures : on ressent des nuits, pas une somme. Selon le nombre, inconfortable, difficile à vivre, invivable.

Optimum (de protection)

Le réglage de départ du débord, des lames et leur angle. La plus petite combinaison interceptant une part fixée du soleil direct du 21 juin par ciel clair (débord court, puis lame courte, puis angle ouvert). Sans ce critère, la meilleure protection serait la lame fermée.

Orientation (azimut)

Où regarde une façade. Le simulateur la mesure par l'azimut, l'angle entre le Sud et la perpendiculaire à la façade, positif vers l'Ouest. La parcelle la donne. En juillet, le Sud reçoit moins que l'Est et l'Ouest, mais l'Ouest reçoit le soir, bâtiment déjà saturé.

Part de vitrage (surface de clair, baie au tableau)

La part de la façade en verre. Le simulateur compte la surface de clair (verre seul), l'architecte les baies au tableau, 1,4 fois plus. La RE2020 impose un sixième de surface habitable en baies, butée vers 30 % du curseur, en dessous mieux l'été mais pas constructible.

Patio (cour, atrium, espace tampon)

Une cour intérieure ouverte au ciel. Étroite et haute, elle s'ombre elle-même et se décharge la nuit ; large et basse, elle éclaire mieux et rafraîchit moins. Un atrium est une cour couverte, espace tampon ni chauffé ni climatisé entre dehors et pièces.

Pisé (terre crue)

Terre crue damée dans un coffrage. La maison de l'Isère instrumentée a des murs de 50 centimètres : six heures de déphasage, une résistance valant deux à trois centimètres et demi de laine minérale. Plus isolant que pierre ou béton, il reste lent, pas isolant.

Protection solaire (extérieure, intérieure, mobile, fixe)

Ce qui arrête le soleil avant la pièce. Extérieure, la chaleur reste dehors ; intérieure, le verre est déjà traversé, facteur huit pour vingt centimètres. Mobile (store, volet), elle dépend d'un geste, et non manœuvrée devient fixe et mal orientée. Fixe (débord, lame), bonne à une orientation.

Rapport de cotes (étude cas-témoins)

Une étude cas-témoins compare des personnes touchées (241 décès de la canicule de 2003) à des semblables épargnés. Le rapport de cotes chiffre le lien : 2,17 pour 0,41 degré, la cote du décès est multipliée par 2,17 quand la température minimale nocturne monte de 0,41 degré.

RE2020

La réglementation environnementale des bâtiments neufs. Pour l'été, elle calcule des degrés-heures d'inconfort, le DH, sur météo conventionnelle et aux heures d'occupation. Rien à signaler sous 350 °C.h, non conforme au-dessus de 1 250 (jusqu'à 1 850 quand bruit ou climat empêchent d'ouvrir la nuit).

Renouvellement d'air (vol/h), ventilation hygiénique

Le débit d'air en volumes par heure (1 vol/h, l'air remplacé en une heure). La ventilation hygiénique, permanente, fait environ un demi-volume ; évacuer la chaleur du jour en demande six à dix. Le simulateur retient 1,5 vol/h sans ouverture nocturne, jusqu'à 10 la nuit en traversant.

Résistance thermique

L'inverse du coefficient U, en m²·K/W : plus grande, plus isolante. Un mur de pisé de 50 centimètres vaut 0,29 à 0,87, un mur haussmannien environ 0,3, un voile de béton de 20 centimètres environ 0,10 ; un mur rénové doit atteindre 3,7.

Seuil de confort (fixe, adaptatif, moyenne glissante)

La température au-delà de laquelle une heure est inconfortable, fixe ou adaptatif (relevé après chaleur). Le simulateur suit le guide RE2020, 26 °C la nuit, le jour de 26 à 28 °C selon la moyenne glissante extérieure, rampe reconstruite. Selon le seuil, 88 % des mêmes logements surchauffent ou 71 % sont trop frais.

Simulation thermique dynamique (bureau d'études, fichier climatique prospectif)

Un calcul heure par heure de chaque zone d'un bâtiment, géométrie et usages réels, travail d'un bureau d'études. La page recommande d'en doubler le calcul réglementaire, sur un fichier climatique prospectif (météo du climat futur). Le simulateur n'en est pas une, une pièce seulement.

Surchauffe

Un logement dont la température dépasse durablement, surtout la nuit, ce que ses occupants supportent. « X % des logements surchauffent » dépend du critère. Les mesures la lient aux usages, orientation, vitrage et protection solaire, très peu à l'isolation des murs.

Tache de soleil

La zone qu'un rayon direct éclaire dans la pièce. Dans la coupe du simulateur, elle sort de la géométrie solaire, coupée par le débord ou le volet, fragmentée par les lames, filtrée par le store. La « pénétration » est la distance d'entrée du soleil.

Température opérative (température sensorielle)

Le corps ressent l'air mais aussi le rayonnement des parois, surtout du vitrage. La température opérative est la moyenne entre l'air et les parois ; pièce très vitrée le soir, elle dépasse le thermomètre. La « température sensorielle » de Saclay y ajoute le mouvement de l'air.

Traversant

Traversant, un logement a des fenêtres sur deux façades opposées ou deux airs différents. C'est la ventilation traversante, la plus efficace la nuit, jusqu'à 10 volumes par heure (simulateur). Encore faut-il ouvrir : la campagne française de référence ne les trouve pas moins surchauffés.

Ventilation naturelle

Faire circuler l'air sans ventilateur, par le vent et la différence de température entre dedans et dehors, l'air chaud montant et s'échappant en haut. Elle demande des ouvertures bien placées et souvent une personne pour les ouvrir. Son mésusage pèse le plus sur l'inconfort mesuré.

Ventilation nocturne (surventilation, décharge, balayage, free-cooling)

Ouvrir en grand la nuit, plus fraîche, pour évacuer la chaleur stockée par la masse. Aussi surventilation, décharge, balayage, free-cooling. Paris passe de 96 à 48 degrés-heures par nuit en fin de siècle, pour 80 nécessaires. Le simulateur ouvre par une règle simple, hypothèse fragile car humaine.

Volet (occulter)

Un panneau plein qui ferme la baie de l'extérieur, la protection la plus efficace, avant le verre. Occulter, fermer volets ou stores le jour ; le simulateur le tient fermé. Reste à trouver le volet fermé laissant passer l'air, pour ouvrir la nuit sans être vu.

Vue masquée

La part de la fenêtre que les lames verticales cachent vues de face. Plus les lames sont fermées, plus elles protègent, plus elles masquent. Le simulateur l'affiche en pourcentage à côté du gain thermique, car la vue a un prix. Le volet extérieur masque tout.

Wh/m², kWh/m²

Un wattheure, un watt pendant une heure ; un kilowattheure, mille. Par mètre carré. Le simulateur affiche en Wh/m² la chaleur stockée au-dessus de 26 °C, en kWh/m² celle à évacuer pour tenir 26 °C l'été, environ le quart en électricité par pompe à chaleur.

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Références

Déplier les 56 références
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  54. ADEME, Les Avis de l'ADEME : Vagues de chaleur, la climatisation va-t-elle devenir indispensable ?, juin 2024, rapportant le projet RESILIANCE (ARMINES, CEA, CNRM, Météo-France, Izuba Énergies, 2023). Type : SIMULÉ (simulations thermiques dynamiques sur climats prospectifs). Lien : https://www.geothermies.fr/sites/default/files/inline-files/ademe_AVIS%20Vagues%20de%20chaleur%20-%20juin%202024.pdf
  55. Lehnert, M. et al., Assessing green walls' effects on outdoor human thermal exposure in temperate climate cities, Scientific Reports, 2025. Type : MESURÉ. Lien : https://doi.org/10.1038/s41598-025-26214-7
  56. Viguié, V., Lemonsu, A., Hallegatte, S., Beaulant, A.-L., Marchadier, C., Masson, V., Pigeon, G. et Salagnac, J.-L., Early adaptation to heat waves and future reduction of air-conditioning energy use in Paris, Environmental Research Letters 15(7), 2020. Type : SIMULÉ. Lien : https://doi.org/10.1088/1748-9326/ab6a24

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